Cinéma Une idée au poil pour sensibiliser l’opinion aux problèmes des agriculteurs.

Après avoir été médecin de campagne, braconnier en Sologne, François Cluzet est désormais maire d’un petit bourg de Normandie.

Soit 600 habitants dont une partie est en train de bloquer l’autoroute. Ce sont des agriculteurs étranglés par les factures qui veulent ainsi alerter l’opinion. Mais ça fait longtemps que ce genre d’opération ne sensibilise plus personne. Balbu - le surnom du maire - en est convaincu, il exhorte ses ouailles à trouver une idée qui frappe les esprits.

Elle va venir par miracle, le coup de foudre d’un photographe américain pour un champ du village. Si Christo emballe les monuments, Newman (…comme Spencer Tunick) déshabille des dizaines de Mr et Mme Toutlemonde pour les mettre dans des paysages. Surmontant un premier… reflex(e) hostile au concept du photographe, Balbu comprend tout le bénéfice qu’il peut tirer de ce cliché. Il y voit la portée symbolique, l’image choc de ces citoyens qui se retrouvent nus comme des vers alors qu’ils travaillent sans relâche à nourrir les autres. Et il pressent l’impact médiatique national, même international de cette photo événement signée d’un artiste réputé. Balbu a dix jours pour convaincre ses électeurs, et les autres, à se désaper pour se donner une chance d’avenir. Ce n’est pas gagné.

Philippe Le Guay trouve là un sujet de comédie, entre Pagnol et les Ch’tis, avec un François Cluzet au four et au boudin. C’est qu’il a fort à faire avec le boucher qui pète un plomb, voire même le tableau électrique, en imaginant les hommes du village se rincer l’œil en matant sa femme, une ex-Miss Calvados. Sa réaction est la plus violente mais on ne parle plus que de cela. Le projet électrise la commune, réveille les rancœurs, permet à chacun de mesurer son sens de la solidarité.

Heureusement, Baltu est psychologue, il sait comment parler à un pharmacien catho et à un fermier buté. Il a de l’énergie et de la repartie, aussi. Cluzet emballe le récit avec jubilation comme Luchini le faisait en compagnie des femmes du 6e étage, du même Le Guay.

Film après film, du "Coût de la vie" à "Alceste à bicyclette", ce réalisateur creuse un sillon très personnel dans le champ de la comédie qu’il rend chaleureuse. En effet, il génère un rire amical, généreux, profondément humain, un tour de force dans un genre dominé par l’ironie et la vulgarité.

Il a aussi une façon singulière d’empoigner, sans les traiter, des sujets de société très sensibles à la campagne : la viande rouge cancérigène, le réchauffement climatique, les pesticides. Ce qui l’intéresse, ce sont les situations de comédie générées par ces questions et les réactions de ceux qui se retrouvent dans des positions paradoxales.

Sa comédie a la grâce par moments et puis la perd à d’autres, elle est tantôt tendre, tantôt balourde - tout le volet parisiens exilés avec F-X Demaison - mais Le Guay développe un style, un rire, un regard.


© IPM
Réalisation : Philippe Le Guay. Avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison… 1h45