Nouille western, daube Lustucru

F.Ds Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Du côté du créateur Giraud, des héritiers du scénariste Charlier et de l'éditeur Dargaud, il y a le montant des droits et la perspective d'une relance de la série. Et du côté de la production, il y a un produit disposant d'une belle notoriété. De part et d'autre, c'est une bonne affaire, d'où la multiplication actuelle des héros de bédé au ciné. Après Michel Vaillant et avant les Dalton, voici donc le lieutenant Blueberry, mais il a autant de rapport avec la bédé que Picasso avec Citroën.

C'est l'histoire d'un petit gars venu d'Acadie retrouver un oncle dans l'Ouest. Alors qu'il se fait dépuceler, le mac survient. On s'échauffe, coups de feux, incendie, errance sur un cheval, chute et gentil Indien qui recueille, soigne, initie l'étranger à sa culture.

Portant désormais la barbe, notre Mike devient shérif de la ville d'à côté de la montagne sacrée des Indiens dont on raconte qu'elle est en or. Les individus louches rappliquent. Et, faut-il l'écrire? Mike va retrouver son mac initial pour le duel final et contemporain. Car fini la rue déserte, le nuage de poussière, les portes du saloon qui grincent et les mains cripées le long du six- coups. Nos deux gars sont couchés et se battent à coups d'images mentales, pour l'essentiel des créatures visqueuses, récupérées dans la poubelle du créateur d'«Alien».

Leone avait lancé le western spaghetti, voici Jan Kounen et son nouille western. En quoi consiste ce western à la française? Essentiellement à montrer que le réalisateur est là. Alors il survole l'action comme s'il était dans un avion - à moins qu'il s'agisse de repérages pour Buck Danny. Il fait tournoyer sa caméra comme si elle était dans la fronde de Thierry - on recommandera l'achat de popcorn, le seau pouvant se révéler utile. Et il joue avec ses gadgets: les accélérés, les ralentis, les superpositions et surtout le zoom, avant, arrière, vite avant, vite arrière. Ouuahh, ça déchire!

Maintenant qu'on a vu qu'il était là, il faut l'entendre. Alors on fait du bruit, qui surprend, intrigue, réverbère, fait de l'effet en gros. C'est le maître mot, chez Jan Kounen: faire de l'effet. Et il ne compte que sur lui-même. Certainement pas sur les acteurs, ces marionnettes grimaçantes.

Vincent Cassel se la joue en shérif du saloon à Disneyland Paris. Michael Madsen ne se donne pas cette peine, il empoche le chèque et bonsoir. C'est dépassé les acteurs, Kounen ne croit que dans les effets spéciaux, de type «Alien», de type «Matrix», et surtout de «Lustucru», effet spaghetti, macaroni et tagliatelle. Il doit être très fier de son plat. Il peut le manger tout seul.

© La Libre Belgique 2004

F.Ds