Cinéma Nouvel adaptation réussie du terrifiant roman de Stephen King.

Il pleuvait ce jour-là, et Georgie courait sous la pluie derrière le bateau en papier que son frère Bill lui avait confectionné. Un moment d’inattention, et le petit esquif tomba dans le caniveau. Alors que Georgie essayait de l’atteindre, surgit de l’obscurité un… clown. Effroi.

Un an plus tard, l’école touche à sa fin. Après Georgie, d’autres enfants ont disparu, sans laisser de trace. Bill envisage l’été comme la quête de son petit frère, avec l’aide de ses amis, du "Club des Ratés" : le Juif, le binoclard, le gros, l’intello, le geek - bref, ceux dont on se moque et que Bowers, la brute de l’école, et ses sbires rudoient.

Chez les filles, la proscrite est Bev, jolie rouquine en fleur mais solitaire et rebelle, à cause de son secret. Aux confins de Derry, Mike, le jeune livreur de viande afro-américain, est tout aussi esseulé et harcelé. Ce qui va les unir en cet été 1989 ? La peur.

"Ça" est un des plus terrifiants romans de l’écrivain américain Stephen King. Ecrit en 1986, il se déroulait sur deux époques : 1959 - durant l’adolescence des Ratés - et 1986 - à l’âge adulte. Dans le récit, le Mal ressurgit tous les 27 ans. Clin d’œil : le présent film d’Andrés Muschietti sort en salles 27 ans après une première adaptation télévisuelle.

Il se concentre uniquement sur la jeunesse, transposée dans les années quatre-vingt en vue d’une suite contemporaine. Ce saut temporel est finaud et avisé : les lecteurs originaux de King ont grandi dans ces années-là et en retrouveront l’ambiance.

On se croirait revenu dans "Stand By Me" ou "Retour vers le futur". Ou "Stranger Things", avec son groupe de teenagers à bicyclette. Effet renforcé par la présence au sein des Ratés de Finn Wolfhard dans un rôle presque similaire à celui qu’il tient dans la série Netflix.


On pourrait y voir une accumulation de clichés. Ce serait oublier qu’aux sources de ceux-ci se trouve précisément Stephen King, si souvent adapté et copié. Au lieu de s’échiner à s’en distinguer, Andrés Muschietti assume cce qui fait un des charmes de l’oeuvre du romancier du Maine : l’interconnexion entre ses romans, les jeux de répétition et de miroir.

Muschietti reste fidèle à la lettre comme à l’esprit du roman, quitte à ce que certaines obsessions de King paraissent surreprésentées (si les ados sont un Club de Losers, les adultes forment celui des Névrosés).

Le réalisateur n’oublie pas ce qui fait la distinction des romans de King : l’empathie pour les personnages. On s’attache au groupe d’ados en même temps qu’ils tissent entre eux un lien durable. Muschietti et son casting - tous parfaits - captent ces moments d’adolescence où l’on flirte avec les premiers émois. Le triangle Bill-Bev-Ben est des plus réussis.

Ce qui n’empêche pas "Ça" d’être un film efficace dans son registre fantastico-horrifique, si l’on admet qu’il se devait de rester accessible au plus grand nombre (on saluera le traitement de la relation entre Bev et son père, qu’on comprendra différemment selon son âge). Bill Skarsgård fait honneur à son nom en composant sans excès un clown Pennywise plus suave et glaçant qu’excentrique ou grimaçant. Plus Poutine que Trump. Car "Ça" peut aussi être lu comme une métaphore de l’instrumentalisation par la peur, qui nourrit ceux qui la distillent.

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Réalisateur : Andrés Muschietti. Avec Jaeden Lieberher, Bill Skarsgård, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis, Finn Wolfhard et Wyatt Oleff… 2h15