Cinéma Alexandre Espigares prend des libertés avec le récit mais pas avec l’esprit de Jack London.

On ne compte plus les adaptations de "Croc-Blanc" pour le cinéma et la télévision. Le chien-loup de Jack London est devenu une sorte de concept et chacun en fait un peu ce qu’il veut - comme ses propriétaires successifs -, pour le meilleur et pour le pire.

Alexandre Espigares n’échappe pas à la règle. Comme les autres, il choisit les passages du roman qui correspondent à son idée et en inventent d’autres au besoin. Et pourtant cette adaptation signée par le réalisateur Philippe Lioret et le scénariste Serge Frydman (fidèle collaborateur de Patrice Lecomte), peut être qualifiée de fidèle en fonction du public visé : les enfants.

C’est que Croc-Blanc n’est pas "Paddington" ou "Pierre Lapin", c’est un animal sauvage et son existence contée par le fameux écrivain aventurier ne s’adressait pas initialement aux petites têtes blondes, rousses ou noires. Arraché à la nature, Croc-Blanc est domestiqué en chien de traîneau par l’Indien Castor Gris, dressé en chien de combat par Beauty Smith, avant d’être recueilli et traité en chien de compagnie par Weedon son troisième propriétaire.

Le scénario garde l’esprit de l’œuvre, et notamment sa violence intrinsèque, mais en la suggérant sans l’édulcorer. Pas de trace d’anthropomorphisme, on n’est pas chez Walt Disney, Croc-Blanc ne parle pas et garde sa nature sauvage, même au-delà d’un l’épilogue différent de celui imaginé par Jack London.

Côté animation, le travail est plus inventif, plus abouti qu’il n’y paraît lors des premières minutes assez conventionnelles. Alexandre Espigares fait de Croc-Blanc le personnage central d’un western à la "Jeremiah Johnson" ou "The Revenant". Visuellement, il mixe trois approches. Les décors sont grandioses, bien qu’un peu trop carte postale. Croc-Blanc s’y inscrit avec une touche "aquarellée", au contour flou, à l’opposé de la tendance hyperréaliste actuelle. Quant aux humains, ils ont une apparence plus rigide, pas loin du plastique pour certains détails comme la barbe et les moustaches. Sauf Beauty Smith, assurément le plus réussi et le plus inquiétant d’autant qu’il est merveilleusement servi par la voix de Dominique Pinon.

Le travail des voix est particulièrement soigné. Le ton de Virginie Efira confère à Maggie, l’épouse de Weedon, un cran et une grâce.


Réalisation : Alexandre Espigares. Musique : Bruno Coulais. Avec les voix de Virginie Efira, Raphaël Personnaz… 1h20.

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