Cinéma

La quarantaine rayonnante, Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) est une femme accomplie. A la tête du département "éoliennes" d’une grande entreprise énergétique française, elle a réussi sa carrière, a une petite fille pleine de vie et un mari qu’elle adore. Un jour, elle est contactée par un club de femmes d’affaires, qui ont pensé à elle pour briguer la tête d’Anthea, géant de la distribution d’eau, et devenir ainsi la première femme PDG du Cac 40, l’indice des quarante entreprises les plus puissantes de la Bourse de Paris. Mais, pour s’imposer, elle va devoir la jouer serré. Face à elle, elle retrouve en effet un véritable requin, Jean Beaumel (Richard Berry), prêt à toutes les bassesses pour décrocher ce poste très convoité.

Quelle surprise de voir Tonie Marshall abandonner la comédie ! Et cela lui va plutôt bien. Après "Tu veux ou tu veux pas", comédie romantique ratée en 2014, on la retrouve ici dans un thriller financier plutôt bien fichu, qui lui permet d’aborder à nouveau la question de la place de la femme dans la société française, notamment après son film le plus marquant, "Venus Beauté" (Institut) (qui avait obtenu quatre Césars en 2000).

Coécrit avec la journaliste grand reporter du "Monde" Raphaelle Bacqué (auteure notamment d’un livre sur "Les Strauss-Kahn" en 2012, mais aussi du scénario du téléfilm "Silence d’Etat" en 2013), "Numéro une" est une plongée réaliste dans le monde de l’entreprise et celui de la politique. Car à ce niveau de responsabilités, les deux univers n’en font qu’un. Où l’on sent la connaissance intime par Bacqué des lieux de pouvoir que sont l’Elysée ou Matignon, dans la façon de décrire les coulisses du grand patronat français. Un univers encore fortement marqué par une forme de misogynie et où l’égalité hommes-femmes est loin d’être pratiquée.

Ce qui fait la force de "Numéro une", c’est en effet son angle féministe assumé, revendiqué même. Le film montre la difficulté pour une femme de prétendre au même niveau de responsabilité qu’un homme. Il décrit aussi toutes les remarques sexistes que doit subir cette femme d’entreprise qui a osé venir rivaliser avec ses pairs masculins sur leurs propres terres. Mais la vision de Tonie Marshall n’est pas manichéenne pour autant. En creux, "Numéro une" montre aussi que prétendre à la parité au sommet d’une grosse boîte implique des choix douloureux, voire de se rabaisser au même niveau que les hommes. Bref, devenir aussi vils qu’eux pour réussir. L’égalité a un prix…


© IPM
Réalisation : Tonie Marshall. Scénario : Tonie Marshall, Raphaëlle Bacqué & Marion Doussot. Photographie : Julien Roux. Musique : Fabien&Mike Kourtzer. Montage : Marie-Pierre Frappier. Avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Sami Frey, Benjamin Biolay… 1 h 50.