Cinéma La féminisation de la franchise ne compense pas la vacuité de la réalisation.

Onze ans se sont écoulés depuis la fin de la trilogie "Ocean" mise en scène avec un insolent brio par Steven Soderbergh et portée par le trio George Clooney-Brad Pitt-Matt Damon alors au faîte de leur gloire.

Le reboot de la franchise suit la désormais nouvelle règle du pinkwashing, qui consiste à féminiser les recettes d’antan. Exit Danny Ocean (que le scénario nous dit mort), voici sa sœur Debbie (Sandra Bullock). Chez les Ocean, on a l’escroquerie dans le sang : elle est libérée sur parole après cinq ans derrière les barreaux. Un temps mis à profit pour mûrir un coup ambitieux qu’elle met aussitôt en œuvre avec sa vieille complice Lou (Cate Blanchett).

Le tandem s’assure les services d’une styliste en délicatesse avec le fisc (Helena Bonham Carter), d’une hackeuse rasta (Rihanna), d’une pickpocket asociale (Awkwafina, rappeuse et stand-uppeuse), d’une joaillière pas regardante (Mindy Kaling, star de la sitcom "The Mindy Project") et d’une receleuse reconvertie desperate housewife (Sarah Paulson). La cible : la star Daphne Kluger (Anne Hathaway) et, surtout, le collier de 15 millions de dollars qu’elle portera lors d’un gala au Metropolitan Museum. Avec, en prime pour Debbie, une petite vengeance personnelle.


Un glamour sans éclat

On notera que ces dames sont moins nombreuses que leurs illustres prédécesseurs - successivement 11, 12, 13. S’il s’agit de suggérer que chacune vaut plus que n’importe quel mec, le résultat à l’écran n’est pas convaincant… Mais la faute incombe au réalisateur Gary Ross, co-auteur du scénario, qui n’a, lui, pas la moitié du quart de la verve visuelle, du sens du rythme ou, même, du clinquant léché de Soderbergh.

Devant sa caméra, le glamour n’a pas d’éclat. Les protagonistes sont réduites à leur fonction, sans personnalité. Le charisme vire à l’ordinaire. Manquement d’autant plus sidérant que le casting n’en manque pas. A l’exception d’Hathaway, qui s’en donne à cœur joie, aucune des comédiennes n’est exploitée à sa pleine mesure. Rihanna pianote des ordinateurs, Awkwafina et Kaling ne font que de la figuration, Cate Blanchett est sous-employée (même si, en dépit de la fadeur de son personnage, elle vole de sa présence chaque plan où elle apparaît). Ross dilapide le jouet qu’on lui a légué.

L’intérêt des films de casse a toujours résidé dans les grains sable du plan savamment préparé et la capacité d’improvisation ou d’anticipation des braqueurs. Rien de cela ici - et le contraste est frappant avec la trilogie initiale. Les rares obstacles qui se présentent sont balayés dans la seconde suivante. Le twist inévitable fait reposer en outre la réussite de (vrai) coup sur un des anciens de la bande à Danny. Un paradoxe qui, au regard de l’ensemble du film, relève plus de la négligence que de l’ironie assumée - voire de l’opportunisme commercial, l’origine de l’intéressé ressemblant à une concession aux quotas stricts d’un certain territoire.

© IPM

Réalisation : Gary Ross. Avec Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway, Helena Bonham Carter,… 1h50.