Cinéma

Les organisateurs du festival du court métrage de Bruxelles excuseront l'emprunt du nom de leur manifestation. C'est que celui-ci n'a jamais aussi bien résumé la situation... On lira en pages «Culture» de ce mercredi le bilan de l'année 2004 de l'aide à la production cinématographique et audiovisuelle en Communauté française. On a déjà souvent écrit combien le cinéma belge en général, francophone en particulier, souffre de problèmes budgétaires. Malgré des promesses de refinancement, malgré une rallonge d'un million d'euros cette année, la crise reste endémique.

On arrive même à la situation surréaliste où une administration attribue des aides tout en sachant que les productions concernées se feront parfois aux confins de la législation du travail: personnel sous-payé voire artistes au chômage travaillant en noir. Certains budgets seraient même parfois considérés comme surévalués «parce que tout le monde sait qu'on ne fait plus un film aux barèmes légaux».

Cet entérinement de l'économie de la misère concerne particulièrement le court métrage. Cet enfant mal vu - c'est-à-dire peu vu, parce que mal aimé des exploitants de salles et des diffuseurs télé - est le premier à souffrir de la crise budgétaire: en 2004, si les aides octroyées pour les longs métrages et les documentaires sont en moyenne inférieures de 22pc aux montants demandés, ceux des courts métrages le sont de près de 30pc. Et alors que seuls 43pc des longs métrages ont vu leur aide rabotée, 3 courts métrages sur 4 ont subi ce sort. Et sur 33 projets qui avaient reçu un premier avis positif, 9 ont été écartés lors d'un deuxième vote.

Or, le court est l'officine du long, la forge de l'apprenti-forgeron, le galop d'essai du pur-sang de demain... quand il n'est pas aussi un mode d'expression en soi. Le danger est pourtant de les voir inconsciemment sacrifiés au profit des longs, à la visibilité plus grande. Mais de la pérennité des courts dépend le renouvellement et l'entretien des forces vives du «cinéma belge», label flou tant vanté. Qui viendra au secours du court?

© La Libre Belgique 2005