Cinéma José Padilha signe une évocation puissante mais ambiguë de la prise d’otages du vol Air France Tel Aviv-Paris en 1976 et du raid de Tsahal qui suivit.

Le 27 juin 1976, le vol Air France 139 reliant Tel Aviv à Paris est détourné par un commando composé de deux membres du Front populaire de libération de la Palestine et deux Allemands membres des Cellules révolutionnaires proches de Carlos (campés par Daniel Brühl et Rosamund Pike), montés à bord du vol lors de l’escale à Athènes. Ceux-ci exigent la libération de 53 prisonniers pro-palestiniens, détenus majoritairement en Israël.

Après un premier arrêt à Benghazi en Libye, l’avion redécolle avec ses 246 passagers et 12 membres d’équipage direction Entebbe. Où les otages et leurs ravisseurs se réfugient dans un terminal désaffecté de l’aéroport ougandais… La cible est israélienne, le vol est français, l’avion est posé sur le sol africain. Qui doit intervenir pour démêler cet écheveau et sauver les otages ? Les jours passent…

Ours d’or en 2007 pour "Tropa de Elite" et auréolé du succès de la série "Narcos" pour Netflix, le Brésilien José Padilha signe une évocation très puissante de cette prise d’otages qui a marqué les esprits au cœur des années de plomb. Peu suspect d’appartenir à un camp ou à un autre, le cinéaste brésilien parvient à relater les faits avec la distance nécessaire.

S’il n’est sans doute pas le plus fin quand il s’agit de décrire les motivations politiques de terroristes se présentant comme des "combattants de la liberté", l’auteur du remake de "RoboCop" en 2014 aime les scènes d’action. Et si celle-ci est essentiellement concentrée au 7e jour de cette interminable prise d’otages, au moment de l’intervention de Tsahal, Padilha parvient néanmoins à entretenir une vraie tension tout au long de son film, en utilisant la métaphore de la danse. Soit un ballet du chorégraphe israélien Ohad Naharin, que répète la petite amie de l’un des soldats d’élite de l’armée israélienne qui s’apprête à s’envoler pour Entebbe.

Adoptant tous les points de vue, "Otages à Entebbe" se partage entre l’Ouganda, aux côtés des ravisseurs et de leurs otages, et Tel-Aviv, au cœur du dispositif de crise mis sur pieds par le gouvernement de Yitzak Rabin (Lior Ashkenazi). Si, face à la menace qui pèse sur les otages israéliens, le Premier ministre semble prêt à négocier avec les preneurs d’otages, son ministre de la Défense Shimon Peres (Eddie Marsan), en charge de préparer l’intervention de Tsahal en terre africaine, refuse de transiger avec la ligne de l’Etat israélien : on ne négocie pas avec les terroristes. Pourtant, ce sont bien Rabin et Peres qui, quelques années plus tard, se mettront autour de la table avec Arafat à Camp David pour négocier la paix…

Si le film manque de finesse, il parvient néanmoins à recréer froidement les événements. Il les replace surtout dans un contexte politique historique dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Un des rares officiers israéliens tués à Entebbe le 4 juillet 1976 n’était-il pas Yonathan Netanyahou, le frère de l’actuel Premier ministre ? Pour qui la question de la négociation avec les Palestiniens ne se pose toujours pas…


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Réalisation : José Padilha. Scénario : Gregory Burke. Photographie : Lula Carvalho. Musique : Rodrigo Amarante. Avec Rosamund Pike, Daniel Brühl, Eddie Marsan, Ben Schnetzer, Denis Ménochet… 1 h 47.