Cinéma

Voilà un bel exemple de ce qu’on appelle une comédie dramatique, autrement dit un sujet lourd traité avec la légèreté de l’humour, de la fantaisie. Et dans le cas de Carine Tardieu, d’un sens de la métaphore.

Erwan dirige une petite entreprise privée de déminage. Pas besoin d’exposer la dangerosité de la profession et pourtant l’inquiétude ne rôde pas les chantiers car son inflexibilité sur les procédures est rassurante. D’où vient la drôlerie ? Pas d’une mécanique du gag, pas d’un dialogue percutant, pas du jeu des acteurs - quoique Esteban incarne un personnage délibérément comique dans un traitement qui se veut naturaliste. L’humour surgit des situations posées par un scénario construit avec précision, la précision vitale du démineur qui n’a pas droit à l’erreur, à l’improvisation. Alors, dès que l’existence d’Erwan échappe à tout contrôle, elle devient drôle (aux yeux du spectateur).

Petit patron modeste, Erwan accompagne sa fille - bientôt mère - chez le médecin pour connaître les résultats d’un test ADN concernant une maladie transmissible. Tout va bien pour le bébé, merci. En revanche, l’examen révèle qu’Erwan n’est pas le fils de son père. Et de partir à la recherche de son géniteur biologique, un vieux monsieur, genre militant, auquel il s’attache rapidement.

Voici Erwan en terrain sentimentalement miné. Non seulement sa loyauté est tiraillée entre père biologique et père réel, mais il doit faire face à une bombe dont il ignore le mode d’emploi : la fille de son père biologique (Cécile de France). Le pauvre Erwan est d’autant plus au bord de l’explosion qu’il s’est mis en tête de chercher le père de l’enfant de sa fille, afin d’épargner à ce petit de se retrouver un jour dans son chaos actuel.

Voir ce brave Erwan piégé par ce scénario à deux intrigues, submergé par les événements, par les sentiments, est un spectacle réjouissant qui n’empêche nullement le spectateur de voir la gravité des enjeux : l’identité, la filiation, la paternité. La génétique est approchée comme une mine antipersonnel, prête à exploser si elle n’est pas maniée avec précaution. Ce qui occasionne une mémorable scène de plage.

Il y aussi ce ton unique de Carine Tardieu pour fouiller toujours le même thème, celui des parents. Après la mère dépressive dans "La tête de maman" ou asphyxiante dans "Du vent dans les mollets", elle passe cette fois au père. Après Karin Viard et Agnès Jaoui, c’est au tour de François Damiens d’être formidable - enfin le César ? - avec un jeu minimaliste qui rend son trouble, mélange de pudeur et d’émotion, terriblement poignant.

Le reste du casting est tout aussi sensationnel. Cécile de France est une bombe, elle le dit elle-même. Alice de Lencquesaing, repérée ici dans "Tokyo Fiancée" et là-bas dans "Corporate", trouve ici le rôle qui devrait la faire décoller, sous l’œil des deux merveilleux papys au jeu si subtil, Guy Marchand et André Wilms.

Une comédie dramatique réussie, sans aucun doute.

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Réalisation : Carine Tardieu. Scénario : Carine Tardieu, Michel Leclerc, Raphaële Moussafir. Avec François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand, Alice de Lencquesaing… 1h40