Cinéma Et l’on s’émerveille de tant de beauté.

Le pari semblait osé. Comment porter à l’écran Paddington, personnage imaginé en 1958 par l’auteur anglais Michael Bond (décédé le 27 juin dernier) ? Dans un pays où le petit ourson fait quasiment partie du patrimoine - il suffit de se promener au rayon jouets d’un grand magasin londonien avant les fêtes de Noël pour se rendre compte de son immense popularité -, cela relevait presque du sacrilège. Surtout quand, en plus, des Frenchies sont de la partie, via Studio Canal ! Et pourtant grâce au talent du scénariste et réalisateur britannique Paul King, la magie opéra et "Paddington" permit à une nouvelle génération de découvrir les aventures de cet ours poli, indissociable de son manteau bleu et de son chapeau rouge. A nouveau au scénario et à la réalisation, Paul King réussit une suite à la hauteur de toutes les attentes. Si pas meilleure !

Alors que sa tante Lucie, qui toute sa vie a rêvé de voir Londres, va bientôt fêter ses 100 ans, Paddington est à la recherche du cadeau idéal. Il l’a trouvé dans la boutique d’antiquités de Mr Grubber à Portobello Road : un magnifique livre animé dont chaque double page se déplie en 3D pour offrir un panorama sur un monument londonien. Mais, ancien, ce livre a beaucoup de valeur. Pour pouvoir se l’acheter, Paddington décide donc de travailler comme laveur de vitres et d’économiser penny après penny. Mais un jour, le livre est volé. Accusé à tort, Paddington est condamné à 10 ans de prison… Les Browns (Hugh Bonneville, Sally Hawkins…), sa famille d’accueil, vont tout faire pour tenter de l’innocenter ! Tandis que les soupçons se tournent vers un comédien sur le retour campé par un Hugh Grant assez génial.

Quel bonheur de vivre ces aventures palpitantes à hauteur d’enfants. Comme aux, on embarque avec "Paddington 2" dans une vraie montagne russe. On passe par toutes les émotions, le rire éclipsant les larmes en un clin d’œil, au gré des mésaventures de cet ourson si trognon. L’animation est tellement bluffante que c’est comme si l’on feuilletait le livre de Michael Bond. A aucun moment, ne se pose la question de la vraisemblance de cet ours vivant à Londres et parlant un anglais châtié. Paddington est là, il vit à l’écran. Et l’on vit tout ce qui arrive à cette boule de poils qui n’a comme seul "super-pouvoir" que sa gentillesse, sa politesse, sa bienveillance. Et qu’est-ce que cela fait du bien, dans un monde empli de cynisme, de passer une heure et demie dans cette bulle de naïveté. Bien loin des films pour enfants, clinquants et malins, d’Hollywood.

Si Paul King parvient à nous embarquer dans un tel voyage, c’est aussi grâce à une mise en scène brillantissime, qui réussit presque à transformer ce film "live" en dessin animé, avec ces décors stylisés, ces maquettes animées… Un peu à la manière d’un Wes Anderson dans "La vie aquatique" ou "Grand Budapest Hotel". On pense d’ailleurs beaucoup ici à son film d’animation "Fantastic Mr Fox", notamment dans la scène d’évasion.

Chaque scène de "Paddington 2" est bourrée d’idées visuelles toutes plus belles les unes que les autres. Comme lorsque, feuilletant ce livre pop up sur Londres en pensant à sa tante Lucy, Paddington se prend à imaginer qu’ils découvrent la ville ensemble. A l’écran, le résultat est splendide : les pages dessinées s’animent dans un pur moment de magie qui touchera au cœur les petits comme les grands.


© IPM
Réalisation : Paul King. Scénario : Paul King Simon Farnaby (d’après Michael Bond). Photographie : Erik Wilson. Musique : Dario Marianelli. Avec Hugh Bonneville, Sally Hawkins, Hugh Grant, Brendan Gleeson, Ben Wishaw (voix)… 1 h 43.