Panique à la ferme

H.H. Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Le cinéma irlandais est peu présent sur nos écrans, sans parler du cinéma fantastique irlandais! C'est déjà une raison suffisante pour s'en aller découvrir «Isolation», Grand Prix du Jury et Prix de la critique internationale au dernier Festival de Gérardmer. Mais il en est d'autres...

Le réalisateur Billy O'Brien impressionne en effet dès son premier long métrage par une grande maîtrise non seulement formelle mais aussi de la narration. Pourtant, à la lecture du script - un veau mutant, né des expérimentations d'un généticien douteux, s'en prend à tout ce qui bouge dans une ferme quasi à l'abandon de la campagne irlandaise-, il y a de quoi se poser quelques questions... Le tour de force est d'autant plus impressionnant.

Car le jeune cinéaste livre une véritable claque visuelle en réussissant à créer une ambiance glauque avec deux bouts de ficelle; filmant les recoins d'une étable délabrée comme s'il s'agissait des couloirs du vaisseau d'«Alien». Malgré quelques petites imperfections, certaines scènes au suspens inutile, «Isolation» reste d'une efficacité remarquable, ne lâche jamais le spectateur en route, tout en optant pour un rythme original faisant la part belle à une certaine lenteur.

REVISITER L'HORREUR

S'il reste fidèle aux codes du fantastique, O'Brien insuffle en effet à son film une dimension sociale surprenante, inédite de nos jours, où un film d'horreur se doit d'être «fun». En effet, ses personnages ne ressemblent pas aux coquilles vides qui peuplent en général ce type de «survival» visant le public adolescent. Au contraire, tous sont mus par des enjeux réels et les relations qui les lient n'ont rien d'artificielles. A ce titre, le «méchant» généticien est remarquable; seul personnage à agir rationnellement face au danger, il ne se réduit jamais à la caricature du scientifique fou. De la même manière, si le fermier accepte de livrer son bétail aux expérimentations de ce dernier, qui lui a en plus piqué sa nana, il y est acculé par une situation financière désastreuse... Le casting, impeccable, réunit notamment Sean Harris, Essie Davis et Ruth Negga (remarquée dans le récent «Breakfast on Pluto» de Neil Jordan). Tous campent leur personnage avec une réelle conviction et évitent les effets de manche faciles.

Au final, misant sur un réalisme froid, «Isolation» parvient à toucher là où ça fait peur, non seulement dans son style mais aussi ses thématiques: craintes alimentaires, de la génétique, de la précarité... Des préoccupations parfaitement ancrées dans la réalité. Ce qui est le propre de tout bon film fantastique.

© La Libre Belgique 2006

H.H.

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