Cinéma

L’attentat de Boston sert de décor à un film d’action testostéroné et patriotique. Malaise.

Depuis 113 ans à Boston, Patriots Day est le jour du plus vieux marathon des Etats-Unis. Ce 15 avril 2013, deux bombes éclatent sur la ligne d’arrivée. Le monde entier se souvient de l’attentat, de la traque, de la révolutionnaire enquête technologique, de l’arrestation rapide des suspects, deux frères tchétchènes, l’un mort, l’autre vivant (mais condamné à mort à l’issue de son procès).

"Patriots Day" de Peter Berg démarre avec une vaste séquence d’exposition à la façon d’un film choral. On passe d’un personnage à l’autre sans savoir quel sera son rôle dans cet événement tragique. Que va-t-il arriver à ce jeune Chinois qui téléphone à ses parents, à cette chercheuse de MIT qui met au point un robot, à ce couple qui fait la grasse mat', à ce papa qui sort la poussette du coffre, à la femme voilée qui envoie son beau-frère chercher du lait… ?

On l’ignore pour tous, sauf pour le policier dont on sait qu’il aura son quart d’heure de célébrité, il est incarné par la vedette Mark Wahlberg. A 15h, alors que les premiers athlètes ont franchi la ligne depuis une bonne heure, c’est soudain boum et puis boum. L’horreur, la fumée, les cris, le sang, les blessures béantes, le ballet des ambulances, les hôpitaux débordés.

L’enquête démarre et rapidement s’impose l’idée que les coupables figurent sur les vidéos des téléphones portables et des caméras surveillance des magasins à proximité de l’arrivée.

Cette enquête technologique hors norme, sera, pense-t-on, le cœur du film. Pas vraiment ! Les deux terroristes sont identifiés et s’ensuit une chasse à l’homme hollywoodienne standard avec braquages, pétarades, cascades, carambolage maousse et festival pyrotechnique final.

C’est peu dire que le film suscite le malaise à la veille de l’anniversaire des attentats de Bruxelles. Ceux qui penseront simplement aller voir un thriller avec Mark Wahlberg et se retrouveront au milieu des blessés d’un attentat pareil à ceux de Zaventem ou Maelbeek, parmi les corps déchiquetés avec toute l’efficacité cinématographique américaine, le malaise sera grand. Voir ces victimes exploitées à des fins purement commerciales, réduites à un décor de film d’action testostéroné, construit avec des grosses ficelles, c’est irrespectueux, écœurant, obscène.

Rien ne sera épargné pas même les "témoignages" de victimes, qui en appellent à l’esprit américain pour combattre le terrorisme : l’amour, la générosité, la solidarité, l’ouverture aux autres. Bref toutes ces valeurs qui ont porté Donald Trump au pouvoir.


© IPM
Réalisation : Peter Berg. Avec Mark Wahlberg, Kevin Bacon, John Goodman… 2h09.