Cinéma Un troisième film pour Adil et Bilall, un hommage (très appuyé) à "Scarface".

Avec son lettrage néon fluo façon "Stranger Things", le générique de "Patser" donne d’emblée la couleur. Le "troisième film d’Adil et Bilall" (sic) sera un hommage au cinéma hollywoodien des années 80. Et les deux jeunes cinéastes flamands ne cachent pas leur principale référence (pour ne pas dire unique) : le "Scarface" de Brian De Palma. Un film qui a inspiré toute une génération, qui a pris au pied de la lettre le slogan du film : "The World is Yours". Les références à "Scarface" sont innombrables, de "La Haine" de Kassovitz aux tubes rap signés Nas ("The World is Yours"), Notorious B.I.G. ("Ten Crack Commandments") ou IAM ("Nés sous la même étoile")… Adil El Arbi et Bilall Fallah ont été nourris de cette pop culture façon gangstarap, à laquelle ils rendent ici un hommage très appuyé.

Leur Tony Montana n’est pas un réfugié cubain de Miami, c’est Adamo, "comme le chanteur". De père marocain et de mère italienne, il a grandi à Kiel, un quartier difficile d’Anvers. Il est inséparable de ses trois amis d’enfance, Volt (l’hyperactif), Yunes (le breakdancer) et Badia (la fan de Jean-Claude Vandamme). Toute leur vie, ils ont glandé ensemble, joué à "Mortal Kombat" sur la Super Nintendo (puis la PS2, 3, 4...), fumé des joints… C’est donc tout naturellement qu’ils se lancent ensemble dans le trafic de cocaïne en s’associant à un ponte de la mafia d’Amsterdam…

Se voulant à la fois drôle et pêchu, "Patser" pèche par ses excès. Trop de références, trop de scénario, trop de musique, trop d’effets de manche dans l’image et le montage… Trop de tout en fait. Avec "Image" et "Black", Adil et Bilall ont prouvé qu’ils étaient balèzes en termes de réalisation. Avec trois bouts de ficelles et une bonne caméra, ils enfilent les plans dignes d’Hollywood, qui leur a d’ailleurs ouvert les portes pour le pilote de la série "Snowfall", en attendant leur téléfilm "Scalped" et un éventuel "Flic de Beverly Hills 4". Malheureusement, leur savoir-faire est trop clinquant, tape-à-l’œil. Leur polar est un vrai sapin de Noël, avec des effets qui clignotent un peu partout à l’écran, jusqu’à l’indigestion…

Surtout, on retrouve à nouveau chez eux - c’était déjà flagrant dans "Image" - cette propension à renforcer ce qu’ils pensent dénoncer. Leur usage de la violence est ainsi très complaisant, tandis qu’ils abusent toujours des mêmes clichés dans le portrait de la jeunesse d’origine immigrée en Belgique. C’est d’autant plus surprenant de retrouver ici (comme coproducteur, coscénariste et acteur) Nabil Ben Yadir qui, avec "Les Barons", parvenait, lui, à nous faire rire et nous faire comprendre ce que cela signifie d’être arabe en Belgique sans avoir besoin d’enfoncer les portes ouvertes et sortir l’artillerie lourde…


© IPM
Réalisation : Adil El Arbi & Bilall Fallah. Scénario : Adil El Arbi, Bilall Fallah, Nabil Ben Yadir… Photographie : Robrecht Heyvaert. Musique : Hannes De Maeyer. Avec Matteo Simoni, Nora Gharib, Said Boumazoughe, Junes Lazaar, Werner Kolf Jeroen Perceval, Gene Bervoets…. 2 h 05.