Cinéma

Un homme (Laurent Lafitte) ère le long d’une autoroute. Un peu plus loin, Marion (Zita Hanrot), jeune gendarme, vient de confisquer la Porsche de Johnny Depp. Leur destin va se croiser suite au témoignage d’une femme qui prétend avoir aperçu Paul Sanchez, meurtrier en cavale depuis dix ans. Quand un journaliste lâche l’info, la machine s’emballe.

Avec ce Paul Sanchez, c’est aussi la réalisatrice Patricia Mazuy qui est revenue. On avait perdu sa trace depuis 2011 et le remarqué "Sport de filles". Avec Gracieuse, l’héroïne de ce dernier, Marion partage un même caractère déterminé et obsessionnel. La première entendait monter un cheval d’exception, alors qu’elle n’était que palefrenière. Marion, simple maréchal des logis, se verrait bien capturer l’ennemi public numéro un.

Durant le premier quart d’heure, on se dit qu’on va assister à une belle variation, au féminin et à la française, d’un thriller policier, quelque part entre "Simon Werner a disparu" et "L’Adversaire". Une voix off - celle du journaliste - nous laisse entendre qu’un drame va se nouer.


Un mystère place autour de cet homme incarné avec Laurent Lafitte - si on se doute vite de qui il n’est pas, on ne comprend pas d’emblée ce qu’il est et ce qui lui arrive.

Zita Hanrot confère à Marion charisme, humanité (quand elle écoute la déposition d’une femme affolée par la disparition de son mari) et détermination, au milieu d’une troupe d’hommes démotivés, cyniques ou imbus d’eux-mêmes. La musique de John Cale installe une ambiance trouble.

Mais la mécanique se grippe. Comme ses protagonistes sur les monts du Var, la réalisatrice trébuche, hésite entre plusieurs directions. Les scènes de commissariat ont un côté décalé, entre critique ironique de l’incompétence et satire ubuesque de l’autorité.

L’errance de Lafitte alterne entre dramaturgie forcée et réalisme - l’interprétation de l’acteur également. Marion, quant à elle, suit une évolution erratique, de la novice maline au point d’être dérangeante, à la jeune femme esseulée mêlant plaisir et travail, jusqu’à l’ambitieuse timorée flirtant avec la bavure.

De ce film funambule et maladroit, on retient surtout que pour la troisième fois en moins d’un an, après "La fête est finie" et "Carnivores", Zita Hanrot est une fois de plus convaincante. Elle trouve dans chaque scène le ton et la manière, tantôt fragile, tantôt émouvante, tantôt glaçante.

Réalisation : Patricia Mazuy. Avec Zita Hanrot, Laurent Lafitte, Philippe Girard,… 1h50

© IPM