Peï, c'est arriveï près de chez toi, une fois

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Une BMW 2002 garée sur l'esplanade de la cité administrative en guise de repère spatio-temporel: le plan d'ouverture est clair. «Dikkeneke» renvoie à l'époque où «belge» faisait automatiquement pouffer de rire les Français. Depuis, bien des choses sont arrivées près de chez nous, Toto, Ben, les Dardenne et tant d'autres, au point de rendre les Belges à la mode à Paris.

On va pouvoir reprendre les vieilles habitudes avec trois spécimens de «dikkenek». Alors, il y a Claudy, un echte brusseleer, style Michel Demaret, c'est dire si cela remonte. Il y a Greg, la tête à claques, comme le réalisateur s'attache à le faire comprendre avec application. Entre les deux, il y a J.C., ni vraiment dikkenek ni même stoefferket, mais plutôt un Poelvoordeke. On connaissait les fausses Rolex, les faux Lacoste, voilà les faux Poelvoorde. C'est Jean-Luc Couchard qui s'y colle pour un remake de «Peï, c'est arriveï près de chez toi, une fois», avec un Benoît Canada Dry. Ca ressemble, enfin, ça voudrait ressembler à du Poelvoorde mais sans le goût, l'humour, la folie, sans le talent quoi! Quel intérêt? C'est dix fois moins cher que le vrai, mais comme le spectateur paie le même prix pour un vrai ou un faux Poelvoorde, c'est pas lui qui fait la bonne affaire.

AFFREUX, SALES ET VIDES

Si encore, il y avait une histoire, une progression dramatique, quelque chose qui ressemblait à un scénario. Non, juste une enfilade de numéros d'acteurs. Et si on en croit les trous du récit, certains se sont retrouvés dans la poubelle du studio de montage. Pas ceux de François Damiens, dont l'abattage -c'est un chevilleur- est impressionnant. Le problème, c'est qu'il déplace du vent, savoureusement certes, mais comme un imitateur sans texte. Sa charge est affreuse, sale et méchante, mais vide. Scola décrivait une réalité sociale, ici ballekes! Ah si au lieu d'un boucher anderlechtois, il avait incarné un échevin carolo!

«Dikkenek» zieute sur «Strip-tease», les Snuls, Jannin-Liberski mais sans le clin d'oeil, sans l'auto-ironie, sans la touche dans l'observation; tous les personnages sont juste chargés comme des scaphandriers et, forcément, ils coulent. On ne pourra, toutefois, faire le moindre reproche de sexisme à Olivier Van Hoofstadt qui est aussi lourd et gras avec les femmes qu'avec les hommes.

On sort de ce film un peu sale, comme un verre de Duvel pas lavé. In fine, c'est la vraie ambition de l'entreprise tant le product placement est intensif autour de la «Duvel» et de la «Vedett». «Dikkenek», c'est de la petite bière, en somme.

© La Libre Belgique 2006

Fernand Denis

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