Cinéma Quand le thriller croise la route d’un jeune éleveur qui doit faire disparaître une vache contaminée pour sauver son troupeau.

Pas besoin d’être Freud pour interpréter le rêve de Pierre: il voit des vaches partout. Dans sa chambre, dans sa cuisine, dans son salon; partout c’est… vachement encombré. Pierre doit pousser l’une, puis l’autre, pour se déplacer dans sa maison.

L’une c’est Griotte, l’autre c’est Topaze. Elles ont toutes un petit nom, il les connaît bien toutes les trente. Ses vaches, c’est toute sa vie, l’expression est à prendre au sabot de la lettre. On se demande d’ailleurs, s’il ne s’est pas caché au cœur de son troupeau. Manifestement, il se sent mieux parmi ses godelles qu’avec les humains. Il doit se forcer pour faire un bowling avec ses potes. Il n’est pas à l’aise avec la fille du boulanger qui, pourtant, le mange des yeux. Il a de plus en plus de mal à supporter sa mère, sans arrêt sur son dos.

Quand la Topaze ne va pas bien, il le voit tout de suite. Bien avant sa sœur qui est véto et le traite de parano. Et si Topaze avait la "maladie belge" ? Si elle était frappée par cette fièvre hémorragique ? Ce n’est plus sa mère mais l’armada sanitaire qu’il aurait sur le dos. Et c’est pire. Il ne faudrait pas seulement abattre la bête mais tout le cheptel. Principe de précaution pour les consommateurs, perte totale pour l’éleveur car les compensations ne lui permettront jamais de relancer une exploitation.

"Petit paysan" sent le vécu.

Il sent le vécu des petits éleveurs, bien sûr, sous pression permanente des multiples contrôles, sous pression du prix du lait qui dégringole, sous pression d’un modèle économique qui veut des exploitations plus grandes et robotisées.

Mais "Petit paysan" sent aussi le vécu du cinéma. Il a l’odeur du thriller, du héros traqué. Comment faire disparaître la victime ? Le cadavre d’une vache est dix fois plus lourd et son parcours "traçabilisé". La société peut parfois mettre des mois, des années pour constater la mort d’un petit vieux. Pas une vache. Ce n’est pas tout de l’enterrer secrètement, il faut encore la faire disparaître des fichiers. Les posts sur YouTube d’un paysan touché par l’épidémie, ajoute encore une dimension fantastique, apocalyptique au récit.

Hubert Charuel connaît bien la ferme et le cinéma. Il organise leur rencontre dans ce portrait stressant d’un jeune éleveur. Il est incarné avec sobriété, intensité et fébrilité par Swann Arlaud qui ne joue pas, il est Pierre jusqu’à mettre les mains dans la vache pour sortir le veau - il y a du César dans l’air. C’est un personnage pourtant car "Petit paysan" a quelque chose d’une autobiographie imaginaire de son réalisateur. Ce film, c’est sa vie s’il avait repris la ferme familiale, s’il était devenu l’ultime représentant de l’agriculture de papa.

C’est la règle du premier film, on cherche à le situer sur le planisphère du cinéma. "Petit Paysan" ne se trouve pas loin de "Hippocrate" et "Médecin de campagne" de Thoms Lilti, dans cette façon de nourrir la fiction avec la réalité de son milieu originel. Le film de Charuel est d’ailleurs une petite exploitation familiale. A côté des acteurs professionnels, on trouve son père, sa mère, son grand-père et ses potes.


© IPM
Réalisation : Hubert Charuel. Scénario : Hubert Charuel, Claude Le Pape. Avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier… 1 h 30