Cinéma Cecilia Rouaud interroge les parents sur leur irresponsabilité. Sans en faire un drame.

On ne sait pas trop par quel bout prendre l’histoire, car aucun personnage ne mène vraiment le récit.

Il y a d’abord une femme statue en légionnaire romain qui grappille quelques pièces aux touristes asiatiques en visite à Paris. Il y en a une autre, volcanique, mais qui est pourtant la sœur de la précédente. Il y a un jeune homme, mal dans sa peau, concepteur de jeux vidéo, leur frère. Il y a leur mère dont on devine qu’elle est psy à sa façon de poser le regard et de dire "qu’il faut en parler". Et le père, qui est allé se poser et parler ailleurs, désormais auprès d’une jeune femme qui pourrait être sa fille. On voit ainsi se dessiner le portrait d’une famille décomposée.


Lorsque les parents ont divorcé, il y a très longtemps, le garçon est parti vivre chez sa maman et ses sœurs avec leur papa. Mais tous les trois passaient l’été ensemble, à la campagne, à Saint Julien, avec leur grand-mère.

Aujourd’hui, elle est Alzheimer, mamie. Un Alzheimer doux, elle ne quitte jamais son sourire. Doux mais obsessionnel, elle a une idée fixe : retourner à Saint Julien. Parfois, la nuit, il lui arrive de se rendre à l' agence de la SNCF pour acheter un billet. Dès lors, son fils veut la placer dans une maison de repos. Il n’en est pas question pour les deux petites filles qui décident de l’accueillir à tour de rôle dans leur appart'.

Mamie perturbe pas mal leurs vies quotidiennes mais on préfère en rire. On est dans le psy jusqu’au cou, jusqu’au sourire. Il suffit de regarder comment le garçon se tient dans le divan de sa thérapeute quand il s’épanche sur le "pouvoir de nuisance des parents".

Leur mamie, c’est toute leur enfance dont ils ne se rappellent que de l’été. Quand la fratrie était reconstituée, ils avaient enfin le sentiment d’appartenir à une famille. Le reste de l’année, ils se sentaient éparpillés.

Cecilia Rouaud n’en fait pas un drame, elle en fait même plutôt une comédie douce-amère, avec plus d’amertume que de douceur. Une douceur froide, comme un début de colère, à l’égard de l’irresponsabilité des parents. Quand l’un est mutique parce que sa mère parle trop et que l’une n’a pas d’avis tant elle s’est employée à concilier ceux des autres ; on se dit qu’on devient l’adulte de l’enfant qu’on a été.

Peut-on guérir de son enfance ? "En famille, je n’ai jamais été très bon, ni comme père, ni comme fils" dit le patriarche dans une scène aussi brève que poignante.

Avec leur touche d’humour, leur léger décalage, leur vista comique, Jean-Pierre Bacri et Chantal Lauby empêchent les situations de se plomber. Leurs enfants, Vanessa Paradis, Camille Cottin, et Pierre Deladonchamps se débattent avec leurs névroses mais ont à cœur de montrer la mesure de leur amour pour leur grand-mère.

Sensible et drôle, nostalgique et vivante, cette photo de famille a du charme tout en posant des questions de fond.

Réalisation, scénario : Cécilia Rouaud. Avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps, Jean-Pierre Bacri, Chantal Lauby… 1h38

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