Pixar, traits de génies

Alain Lorfèvre, envoyé spécial à Bonn Publié le - Mis à jour le

Cinéma

A ceux déçus par "Cars 2" ou qui trouveront que "Rebelle" (qui sort en Belgique le 18 juillet prochain) est trop classique, on ne saura trop recommander de filer à la Bundeskunsthalle de Bonn où l’exposition "Pixar - 25 ans d’animation" rappelle judicieusement combien le studio, qui a donné naissance à "Toy Story", "Cars" ou "Le Monde de Nemo", abrite en son sein les meilleurs artistes et animateurs de leur génération.

Cette exposition est la version revue (les œuvres exposées ont partiellement changé) et augmentée (quatre films ont été réalisés depuis) de celle initiée en 2006 au Moma de New York (alors pour les vingt ans de Pixar) et qui tourna ensuite à travers le monde, notamment à Londres et Paris. On n’y voit aucune image des films mais, au contraire, des centaines d’œuvres préparatoires, dessins, aquarelles, gouaches, collages, sculptures, qui précèdent la conception des films. Sans ce travail "à l’ancienne", "les films de Pixar tels que nous les connaissons n’existeraient pas", assure Elyse Kleidman, directrice des archives de Pixar, fortes de quelque 15 millions de documents, dont sont extraites les œuvres originales présentées (1).

Pixar fut pionnier de l’animation en images de synthèse. Et ce, dès 1986 avec "Luxo Jr" de John Lasseter, court métrage de deux minutes sur foi duquel Steve Jobs racheta ce qui était alors la division graphique de LucasFilms. Mais Lasseter et ses émules n’oublièrent jamais qu’ils étaient d’abord des artistes et des animateurs. "L’art met au défi la technique. La technique inspire l’art", résume une citation de Lasseter. "Les ordinateurs sont seulement un outil. Le processus de fabrication commence en amont, avec des peintures, du dessin C’est un travail de longue haleine", explique Jim Morris, General Manager de Pixar. Pour John Lasseter, un bon film c’est d’abord "une histoire, des personnages et un univers". Ces trois éléments clés (lire ci-contre) structurent le parcours de l’exposition, après une introduction sur l’histoire du studio et quelques panneaux didactiques sur les méthodes générales d’animation par images de synthèse. Chaque film - jusqu’au tout récent "Rebelle" - est ainsi décortiqué au gré de la visite, dans une scénographie claire rendue possible grâce au très bel espace du Bundeskunsthalle.

Au fil du parcours, le visiteur comprendra intuitivement la force des films de Pixar : elle est le fruit du perfectionnisme de ses artistes. En témoignent deux panneaux étonnants : sur l’un, des dizaines de poissons de la barrière de corail ont été dessinés, afin d’identifier ceux qui se prêteraient le mieux au récit. Sur un autre, qui ressemble à une œuvre d’un Gerhard Richter, on voit sur fond noir des dizaines de cercles irisées : il s’agit des recherches pour les yeux des voitures de "Cars" !

Les quelque cinq cents œuvres originales exposées sont complétées de deux pièces maîtresses. D’abord, une installation qui fascinera petits et grands : le Zoetrope de Pixar. Soit la mise au goût du jour de ce mécanisme ancêtre du cinéma d’animation : un manège composé des figurines des personnages de "Toy Story" auxquelles la vitesse de rotation et les flashs d’un stroboscope confèrent par la magie de la persistance rétinienne l’illusion du mouvement. Autre pièce originale : le moyen métrage "ArtScape", déjà présenté il y a cinq ans mais complété. Andrew Jimenez y anime les décors et dessins conceptuels de tous les films de Pixar, en y ajoutant des effets de profondeur de champ. Le voyage est hypnotique (souligné par une création sonore de Gary Rydstrom) et démontre que des lunettes 3D ne sont pas nécessaires pour créer l’illusion de la profondeur de champ et du relief. Fort justement, ce film s’achève sur la simplissime pastel de John Lasseter de Luxo, la petite lampe d’architecte, et son ballon coloré, par lesquels ce somptueux voyage artistique débuta, il y a un quart de siècle.

Jusqu’au 6 janvier 2013. Bundeskunsthalle, Friedrich-Ebert-Allee, 4, Bonn. Fermé le lundi. 9€ (ticket familial 15 €). www.bundeskunsthalle.de. Visites guidées en français possibles (à partir du 14/08) pour groupes jusqu’à 25 personnes. Trains quotidiens depuis Bruxelles et Liège via Cologne (2h30 de voyage). Ticket groupé train + expo sur www.bonnticket.de

1. A une exception : la pastel de Luxo de la main de John Lasseter est une reproduction. Et pour cause : cette œuvre fondatrice dans l’histoire du studio a une valeur inestimable.

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