Cinéma

Un film réalisé par Mélanie Laurent, avec Gilles Lellouche dans son rôle le plus complexe.

Un homme et une femme et chabadabada. Ce n’est pas Deauville mais une plage espagnole et par un temps de Bretagne. Pas de Mustang juste un break pourri, mais de l’amour, de la passion, un homme qui regarde une femme avec ses yeux d’enfant, un jour de saint Nicolas. Chaque nouveau jour est le plus beau de sa vie, sans parler des nuits.

Tout semble facile pour ces deux-là. Tant qu’ils sont en mouvement. Car un jour, cela s’arrête. Il se pose dans un appartement et reprend le boulot. Elle photographie à la ronde mais son œil a disparu. Un jour, elle lui annonce qu’elle est enceinte comme si on venait de lui diagnostiquer un cancer généralisé.

D’ailleurs, son requin de compagnie qu’elle suit à la trace dans l’océan, la préoccupe davantage que sa grossesse. Une coupure avec ce bip-bip permanent la met aussitôt en état de panique. Toute la journée, et la nuit, on entend dans l’appartement, ce bip-bip de micro-onde. Le pauvre César est cuit mais il se dit que cela ira mieux après la naissance. Nous, on sait que ce sera pire, avec ou sans baby blues.

Un jour, elle plante tout et s’en va sans dire où elle va ni pour combien de temps.

"Plonger" dégage d’abord une forte impression de déjà-vu, d’extase amoureuse qui vient se fracasser contre la routine. La femme s’asphyxie entre quatre murs, incapable de vivre sans l’oxygène des rencontres, des paysages, de l’aventure.

Mélanie Laurent plonge dans la tête d’une femme comme on plonge dans l’océan. Une femme qui est aussi une artiste. On voit ses hauts, ses bas, son obsession créative qui l’enferme de l’intérieur, sa nature profonde d’être en mouvement. Pareille à un requin, en somme, dont le petit est autonome dès la naissance, pas besoin de s’y… attacher.

De la création, Mélanie Laurent en met dans le montage elliptique d’une liaison torride entre une artiste torturée et un homme amoureux. Elle en met dans ses plans, cette façon de stimuler le spectateur en filmant une plongée avec un zoom arrière, en coupant carrément le son, ou encore en faisant surgir d’outre tombe, cette interview de Brel qui dit que le talent c’est avoir envie.

Elle en met dans la direction d’acteur. Dans une sensuelle María Valverde aux deux visages, radieuse et rayonnante en mouvement, angoissée et insatisfaite à l’arrêt. Dans un Gilles Lellouche de tous les plans et de tous les sentiments, les émotions, les révoltes.

Après "Respire", Mélanie Laurent poursuit son exploration des extrémités de la psyché féminine.


© IPM
Réalisation : Mélanie Laurent. Scénario : d’après l’œuvre de Christophe Ono-dit-Biot. Avec Gilles Lellouche, María Valverde, Ibrahim Ahmed dit Pino… 1h 42.