Cinéma Bradley Cooper devant et derrière la caméra pour ce troisième remake d’"Une étoile est née".

Star de la country, Jack Maine (Bradley Cooper) donne un concert à Los Angeles. Une fois le show emballé, sans grand enthousiasme, il n’a pas vraiment envie de rentrer chez lui. Il a besoin d’un verre, voire de quelques-uns. Son chauffeur l’arrête devant le Blue Blue, un bar gay très animé. Car ce soir, ce sont les drag-queens qui assurent le spectacle sur la petite scène. Parmi elles, se cache une jeune femme, Ally (Lady Gaga), qui emporte l’adhésion du public en interprétant La vie en rose. La jeune serveuse a beau massacrer Piaf, l’alcool aidant, Jack est sous le charme. Il propose à la jeune fille de prendre un dernier verre. Le lendemain, il lui envoie un chauffeur et un jet privé pour qu’elle assiste à son concert, Et il la fait monter sur scène pour interpréter avec lui sa chanson Shallow. Leur duo fait un tabac, vu des dizaines de milliers de fois sur Youtube. Une star est née…


On l’aura compris, voici donc le troisième remake d’Une étoile est née, réalisé en 1937 par William Wellman, en s’inspirant de la vie et de la carrière de l’acteur John Barrymore (le grand-père de Drew), ravagées par l’alcool. Mais c’est évidemment la version de George Cukor (1954) qui reste dans toutes les mémoires, avec James Mason (en acteur alcoolique sur le retour) et Judy Garland (en jeune chanteuse prometteuse). Comme la version précédente, avec Barbra Streisand et Kris Kristofferson en 1976, l’histoire a ici été transposée dans l’univers de la country.

Un temps pressenti pour Clint Eastwood à la réalisation et Beyoncé Knowles dans le rôle-titre, le film a finalement été repris par Bradley Cooper, qui fait ici ses débuts de metteur en scène. Tandis que le rôle de l’apprentie chanteuse est allé à Lady Gaga. La vraie bonne idée de ce remake, pour le reste assez convenu. Très fidèle à la trame de Cukor, celui-ci se contente en effet de remettre l’histoire au goût du jour. Avec, à la clé, la promesse, comme en 1976, d’un beau succès discographique pour la bande-originale, dont les chansons ont été écrites et sont interprétées par Cooper et Gaga.

La vraie surprise du film, c’est de découvrir Stefani Germanotta. Sans son maquillage exacerbé et ses tenues excentriques, difficile de reconnaître Lady Gaga. La chanteuse de trente-deux ans a en effet accepté de se mettre à nu pour incarner son rôle. Et le changement n’est pas que physique, il est aussi musical, puisqu’elle interprète ici des balades country, parfois en version acoustique, auxquelles elle n’a pas habitué ses fans. Et si, dans les scènes musicales, elle est évidemment une interprète hors pair, elle surprend par ses qualités d’actrice, tenant facilement tête à Bradley Cooper, voire l’éclipsant.

Ce A Star is Born version 2018 exploite avec intelligence la personnalité mystérieuse et le physique polymorphe de Lady Gaga, en creusant une dimension quasi biographique. Car quand Ally commence à se faire un nom, son manager tente de la façonner en nouvelle icône de la pop, quitte à gommer l’artiste qu’elle était au départ. Quand on voit à quoi ressemble un show de Lady Gaga, totalement boursouflé et où seule compte l’image, l’interprète de Poker Face ou Paparazzi a forcément dû se reconnaître dans le destin de son personnage…

Réalisation : Bradley Cooper. Scénario : Will Fetters, Eric Roth, Bradley Cooper. Photographie : Matthew Libatique. Musique : Bradley Cooper, Lady Gaga, Lukas Nelson, Jason Isbell&Mark Ronson. Montage : Jay Cassidy. Avec Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott, Andrew Dice Clay, Dave Chappelle… 2h15.

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