Cinéma

Amel (Sofia Lesaffre), jeune fille d’origine algérienne de 17 ans, et Mashir (Zeerak Christopher) assistent à un mariage plein de joie dans la famille du jeune homme d’origine pakistanaise de 22 ans. Les deux amoureux se retrouvent en coulisses, pour un tendre baisé en cachette. En effet, ils n’ont encore parlé à personne de leur relation et de leur rêve de passer l’été à Londres. Mais leur amour naissant est menacé. Les parents de Mashir l’ont en effet promis à sa cousine Noor (Atiya Rashid), qui n’est autre que la meilleure amie d’Amel. Laquelle ne voit pas d’un bon œil que son père (Pascal Elbé) retrouve un ancien amour de jeunesse belge…

Face à ce conflit de légitimité de jeunes Pakistanais de Belgique, difficile de ne pas penser à Noces. Dans leur premier film, la comédienne française Salima Glamine et le réalisateur belge Dimitri Linder n’ont pas voulu aborder la question des mariages forcés (mais plutôt arrangés) et encore moins celle des crimes d’honneur. Si Stephan Streker était parti d’un fait divers, le couple de réalisateurs s’est, lui, notamment inspiré d’ateliers de jeu qu’ils ont dirigés à Paris auprès de jeunes d’origine immigrée.


Ce qu’ils tentent dans Pour vivre heureux, c’est en effet de rendre compte de l’état de quasi-schizophrénie dans lequel se trouve un jeune homme déchiré entre la légitimité à ses parents et à sa culture, qu’il aime et respecte profondément, et ses propres sentiments. Pour montrer combien, au nom de l’amour - celui des parents qui, sincèrement, veulent le meilleur pour leurs enfants, et celui d’enfants incapables d’affronter leur famille, de peur de la décevoir - peuvent se créer les pires situations, aux conséquences parfois tragiques.

Si Glamine et Linder pèchent par une réalisation un peu lâche, manquant d’ambition formelle par moments, leur premier film propose un regard ajusté sur la complexité d’une situation douloureuse pour ces gamins de première ou deuxième génération. Et ce, loin des clichés ou des simplifications qui sont trop souvent de mise sur ce sujet.

Cette justesse, ils la trouvent notamment dans la spontanéité de jeunes acteurs amateurs d’origine pakistanaise qui, tous, connaissent exactement, pour l’avoir vécue personnellement ou dans leur entourage, l’histoire qu’ils sont en train de raconter. Ils créent un vrai contraste avec des comédiens professionnels comme Sofia Lesaffre et Pascal Elbé. Lequel renforce le sentiment d’aliénation dans lequel se trouve cette jeunesse pakistanaise…

Scénario & réalisation : Salima Sarah Glamine & Dimitri Linder. Photographie : Joachim Philippe. Musique : Antoine Honorez. Montage : image Mathieu Toulemonde. Avec Sofia Lesaffre, Zeerak Christopher, Atiya Rashid, Pascal Elbé, Salomé Dewaels… 1 h 28.

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