Cinéma Après la comédie romantique, le film d’auteur : voilà Virginie Efira en héroïne de thriller.

Tout commence mal. D’un pas décidé, Mme Nevers va s’engouffrer dans la station de métro quand son portable sonne. Allô ? Et le ciel lui tombe sur la tête. Elle n’a pas encore commencé son job, qu’elle est déjà licenciée, le patron de la joaillerie en a préféré une autre. Le contrat était pourtant signé, elle obtiendra le dédommagement convenu ; en attendant, elle a changé de pays, emmené ses deux enfants jusqu’à Paris et la voilà sans travail.

Le coup est trop rude, elle n’arrive pas à le dire à ses garçons, 15 ans et 8-9 ans. Ceux-ci vivent mal le déracinement et peinent à s’intégrer dans leur nouvelle école. Le petit s’est battu à la récré, le grand est rejeté par tout le monde sauf Léo. Alors, quand ce dernier lui demande de planquer un sac dans sa cave, il accepte. Et comme, il s’est aperçu que sa mère lui mentait - il l’a vue en serveuse dans un bistrot -, il s’est dit que lui aussi pouvait avoir son petit secret, et puis son petit business en dealant un petit peu.

Entre la mère et son ado, le climat est détestable. C’est normal, c’est l’âge, pense-t-elle. Quant au gamin, c’est la parfaite stratégie pour garder sa mère à distance de ses petites affaires de plus en plus louches.

Ça commençait mal et voilà que cela empire.

En revanche, le film, lui, fonctionne bien.

Il y a la simplicité d’une situation banale dans laquelle il est facile de se projeter. Un moment de faiblesse, un mauvais copain, et s’enclenche un engrenage que rien ne semble pouvoir arrêter. La pire angoisse des parents.

Il y a aussi la force du casting. Dans ce récit qui se déroule pour partie dans le milieu du bijou, brillent quelques pierres précieuses du métier, exposées trop rarement, comme Marilyne Canto et Mireille Perrier. Il y a Gilbert Melki aussi, dont la présence, l’œil torve inspirent la peur, l’angoisse. Les deux gamins sont bien choisis, notamment le plus grand avec son visage d’ange qui se durcit au fil des scènes.

Il y a surtout Virginie Efira dans une partition originale. Oubliez l’héroïne de comédie romantique, la femme sexy, la comédienne débordante de peps. Elle incarne ici une mère, seule dans une ville étrangère, battante mais dépassée par les événements, incapable de modifier la trajectoire infernale de son adolescent qui part en vrille. Peut-elle s’en sortir ?

C’est tout le suspense d’un film qu’Emmanuelle Cuau entretient avec efficacité, réalisme, dépouillement. Scénariste, notamment pour Rivette, la sœur de Marianne Denicourt signe ici un troisième long métrage stressant de bout en bout, un portrait de femme dont Virginie Efira peut détailler différentes facettes, à l’exception de la sentimentale, reportée à plus tard, si elle vient à bout de ses problèmes. Un rôle à la "Gloria" dans la vie de tous les jours, où la comédienne impose définitivement son talent, en toute simplicité.


© IPM
Réalisation : Emmanuelle Cuau. Scénario : Raphaëlle Desplechin, Emmanuelle Cuau, Eric Barbier. Avec Virginie Efira, Gilbert Melki, Marilyne Canto, Mireille Perrier… 1 h 25.