Cinéma

Victor (Eric Judor), Jeanne (Célia Rosich) et leur fille partent pour le week-end dans la communauté de Jean-Paul (Michel Nabokoff), l’ancien prof de yoga de la jeune femme. Une fois arrivés sur place, ces parfaits citadins doivent oublier leurs habitudes. Et laisser par exemple à l’entrée portables et iPad, histoire de ne pas déranger les personnes électrosensibles présentes sur la ZAD, une "zone à défendre" installé par une bande de néo-hippies protestant contre la construction d’un Aquaparc dans ce magnifique coin de nature… Ici, la notion de propriété a été abolie; tout est fait en communauté. A commencer par le potager, où l’on cultive "les meilleures tomates de la région". En permaculture évidemment.

C’est peu dire que Victor n’apprécie que modérément ce mode de vie baba cool. Si ce n’est peut-être la pratique du polyamourisme, fortement encouragée par Gaya (Blanche Gardin), laquelle refuse par ailleurs d’assigner un prénom ou un sexe à son enfant… Mais Victor prend son mal en patience; ce n’est que pour quelques jours. Sauf qu’un tweet consulté en cachette par la fille de Jean-Paul (Claire Chust) vient doucher ses espoirs. Dehors, le "pain de mie" est en train de dévaster monde ! Le pain de mie ? Mais non, idiote, une pandémie ! Oups, on a quelques "problemos", comme on dit sur la ZAD, où l’espagnol est langue de combat…

Il n’y a rien à faire… Malgré les daubes à gogo avec son pote Ramzy ("Agents double zéro", "La Tour 2 contrôle infernale"…), impossible de se départir d’une vraie sympathie pour Eric Judor et son humour post-adolescent. Qu’il met ici au service d’une critique assez désopilante de l’hypocrisie qui peut se cacher derrière certains discours écolo-bobos. Le principe du dernier film de Judor, devant et derrière la caméra, est simple : pousser jusqu’à la caricature l’idéologie anti-système et du retour à la nature. Et mettre ces doux rêveurs face à leurs contradictions, quand il s’agit de s’abstraire réellement de la société pour en construire une nouvelle, selon d’autres valeurs. Et il faut quand même un certain courage pour proposer une farce aussi anti-écolo. Mais que l’on soit d’accord ou non avec le fond - Judor propose une vision totalement désenchantée de la nature humaine, chacun se révélant incapable de dépasser ses petits intérêts personnels - importe peu, tant la comédie est bien ficelée et emmenée avec entrain par une bande d’acteurs ravis de se lancer dans un tel numéro d’autodérision…


© IPM
Réalisation : Eric Judor. Scénario : Noé Debré & Blanche Gardin. Avec Eric Judor, Blanche Gardin, Célia Rosich… 1 h 25.