Cinéma

Un film du "Yougoslave" Emir Kusturica se reconnaît à la première image. C’est la marque des grands jusqu’au moment où cela devient un système, une recette, un cliché. La musique, le décor, le ton, les personnages, on est, pour sûr, dans un film du réalisateur de "Underground". Soit un inspecteur déboule en Trabant extralongue dans l’école du village où l’institutrice enseigne à un seul enfant. Son grand-père craint pour l’avenir de son petit-fils, privé d’enseignement. Aussi, en dépit de son âge, il l’expédie à la ville pour vendre sa plus belle vache et s’acheter une femme. Il ne lui faut guère de temps pour repérer la fille de ses rêves, mais sa mère est fille de joie. Et voilà notre petit jeune homme précipité dans une histoire bordélique où des individus plus frappés que la vodka rêvent de reconstruire les twin towers en Serbie et surtout faire de la jeune fiancée la perle de leur lupanar. Voilà une pure comédie, mais elle ne fonctionne que par intermittence. Comme si Emir était devenu incapable de faire du Kusturica. Il existe des fulgurances époustouflantes - la piscine aux pommes, par exemple -, mais la machine tourne souvent à vide, surchauffe. L’humour coince au lieu de déjanter, et l’autoparodie frise le pathétique. Toutefois, Kusturica a découvert une perle : Marija Petronijevic. (F.Ds) (Cinéart)