Cinéma Envoyé spécial à Annecy

Considéré comme le Cannes du film d'animation, le festival d'Annecy déroule cette année le tapis rouge au Benelux, invité d'honneur. Choix transnational a priori singulier : si l'on trouve des ponts - pour des raisons fiscales essentiellement - entre la Belgique et le Grand-Duché, les liens entre les créations des Pays-Bas et du Plat Pays sont minces. L'organisation de cette année Benelux le reflète, d'ailleurs : chaque pays a concocté son propre focus et même plus, puisque, découpage institutionnel oblige, Région flamande et Communauté Wallonie-Bruxelles ont leur propre sous-programme (et se retrouvent à payer la moitié de la fête : les Néerlandais, pas sots, ont imposé un découpage en quatre de la facture...). Chacun des invités présentera ainsi une compilation d'oeuvres réalisés les dix dernières années, qui sera complétée de deux séances communes - "Trésors de l'animation du Benelux" et "Benelux : l'animation du futur" - concoctées par Philippe Moins, cheville ouvrière du Festival Anima de Bruxelles.

Projets en pagaille

Mais pour la Belgique, cette reconnaissance coïncide avec une activité frénétique en matière d'animation, aboutissement de près d'un demi-siècle d'expérimentation et de productions en tout genre. Incarnation de cette excellence, Raoul Servais, gagnant du Palme d'or à Cannes en 1979, longtemps président de l'Association internationale du Film d'Animation, fondateur de la section animation au KASK de Gand (la première du genre), fera l'objet d'une rétrospective à Annecy. A son image, les qualités des animateurs sortis du KASK, de Sint-Lukas, de La Cambre ou de Saint-Luc ne sont plus à vanter. De nombreux professionnels belges travaillent à l'étranger, comme Kim Keukeleire, depuis plusieurs années aux Etats-Unis et en Angleterre, et qui sera dans l'un des jurys d'Annecy, ou Guyonne Leroy qui a fait office de chef animatrice sur "Max & Co", coproduction entre la Suisse, la France et la Belgique, en compétition dans la section long métrage du festival.

Mais l'heure est aux longs métrages, que l'on ose maintenant produire à domicile, attirant même des projets internationaux : "Panique au village" de Vincent Patar et Stéphane Aubier, "Macrâles" de Benoit Féroumont, "Brendan et le secret de Kells", projet irlandais partiellement réalisé en Belgique, "Bob et Bobette", production flamande qui sera en partie réalisée à Liège, "Peur(s) du noir" - film collectif d'initiative française dont une des séquences a été produite et réalisée à Bruxelles. L'auteur de bande dessinée liégeois José Parrondo a lui un projet d'après sa série "Papa raconte" avec le Français Lewis Trondheim - qui fait l'objet d'une exposition à Annecy. Alors que la 3D sera à l'honneur au Festival avec les avant-premières de "Shrek 3" et "Bienvenue chez les Robinsons", "Fly me to the Moon", premier film belge du genre réalisé sous l'égide de Ben Stassen, y sera dévoilé en première mondiale.

En compétition aussi

La présence belge se retrouvera encore dans les compétitions courts métrages. A chaque séance, d'abord, puisque le générique de cette édition a été cette année confiée à Vincent Patar et Stéphane Aubier - et à leur antihéros Coboy, Indien et Cheval. Dans la compétition courts métrages ensuite, où l'on retrouvera "Dji vou veu volti", film en images de synthèse de Benoit Féroumont, "Do it yourself" d'Eric Ledune, "Telerific Voodoo", de Paul Jadoul, "Met mijn kwantorslag" de Pieter Vanluffelen et "Bully Beef" de Wendy Morris. Histoire de préparer la relève.

Surfez sur Panique au village, le blog du tournage du film

http://paniqueauvillage.blogs.lalibre.be/