Cinéma

Le cas est unique. Arnaud Desplechin est passé d’inconnu à figure de proue du cinéma d’auteur français en moins d’une heure, le temps de la projection d’un moyen métrage de 54 minutes, "La vie des morts", présenté à la Semaine de la critique en 1991. Depuis, il est l’enfant chéri de Cannes, l’abonné VIP.

Dans son livre "Sélection officielle", Thierry Frémaux, le délégué général du festival n’en dort plus quand il prend la décision d’écarter "Trois souvenirs de ma jeunesse" de la compétition en 2015. L’année suivante, il invitera Arnaud Desplechin à faire partie du jury. Et cette année, son nouveau film, "Les fantômes d’Ismaël" n’est toujours pas en compétition mais fut projeté hier soir à la place d’honneur, celle du gala d’ouverture du 70e anniversaire.

L’expérience du jury

"C’est un honneur", sourit Arnaud Desplechin. "J’ai été très ému que Thierry Frémaux choisisse mon film pour lancer l’édition du 70e anniversaire. C’est plus agréable et plus simple que d’être en compétition. Surtout en compétition française car il y a toujours des polémiques, des jalousies. La non-sélection de ‘Trois souvenirs de ma jeunesse’ en compétition fut finalement une aventure merveilleuse. Le film fut accueilli royalement en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs et cela collait idéalement avec la jeunesse de mes acteurs. L’an dernier, j’étais dans le jury. C’est une expérience d’être du côté des juges plutôt que des accusés. Nous avons été bouleversés collectivement par ‘Moi, Daniel Blake’ et ‘Juste la fin du monde’ de Xavier Dolan. Les discussions furent interminables pour déterminer lequel aurait la Palme. J’ai un regret, j’étais fan de ‘Paterson’, mais je ne suis pas parvenu à convaincre mes confrères de lui trouver une place dans le palmarès. La plupart des jurés ont dézingué les poèmes qui étaient dans ‘Paterson’. J’étais le dernier à parler dans le tour de table et quand je suis venu dire : ‘Excusez-moi, c’est une des meilleures poésies américaines que j’aie entendues.’ Mon anglais chargé d’un fort accent roubaisien invalidait complètement ce que je disais. Ils ont dû se dire : ‘C’est un Français, il n’y comprend rien.’"

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