Cinéma

L'écrivain britannique Brian Aldiss, décédé au lendemain de son 92e anniversaire, a marqué par ses écrits Stanley Kubrick et Steven Spielberg. C'est lui, en effet, qui signa "Les Supertoys durent tout l'été" (1969), la nouvelle qui inspira le film "A.I.", rêvé par le premier et finalement porté à l'écran par le second.

Prolifique et visionnaire, Brian Aldiss est un auteur à qui une série comme "Black Mirror" doit aussi beaucoup, tant cet auteur fut un des premiers à projeter dans les futurs des technologies naissantes pour en imaginer les pires dérives. Certains de ses romans ou nouvelles conservent aujourd'hui encore un caractère visionnaire étonnant.

La New Wave anglaise

Romancier, anthologiste et essayiste, Brian Aldiss laisse une oeuvre d'une centaine de livres et quelque trois cents nouvelles. Comme son compatriote J.G. Ballard, Aldiss est d'abord forgé par l'expérience de la Seconde Guerre mondiale. Engagé volontaire à 17 ans, il combat les Japonais dans la rude jungle birmane. Il ne revient en Grande-Bretagne qu'en 1947, dans un pays qu'il ne reconnait pas. Ce décalage brusque, quasi soudain pour ce jeune homme, constituera un des ressorts de son oeuvre, où tous les possibles sont imaginables.

Démobilisé, il travaille dans une librairie à Oxford et se met à l'écriture, publiant dès 1955 "The Brightfount Diaries", inspiré de son expérience. Il évolue rapidement vers la science-fiction, à la fois propice à l'évasion du quotidien mais aussi à l'expression de ses préoccupations sociales, sous la forme d'anticipation et de dystopie. Avec Ballard, Harry Harrison ou John Brunner, il incarne au début des années 1960 ce qu'on appellera la New Wave anglaise. Dès 1963, il publie régulièrement dans la revue "New Worlds", animée par Michael Moorcock, creuset de la SF anglo-saxonne. Il pose avec les auteurs de sa génération les jalons de la SF de la deuxième moitié du XXe siècle, que phagocyteront ensuite bande dessinée et cinéma. Il expérimente aussi une écriture libérée, influencé notamment par le nouveau roman.

L'invention du Land Art

"Croisière sans escale" (1958) dépeint une humanité à la dérive dans l'espace depuis tant de générations que ses passagers en ont oublié les raisons. "Le monde vert" (1962), inspiré par les paysages de Sumatra et de la Birmanie qu'il a connu, est un recueil de nouvelles aux accents post-apocalyptiques, qui annonce les questionnements environnementaux des années 1970 - et tout un courant du cinéma hollywoodien (qui adapte "Soleil Vert" de son compatriote Harry Harrison en 1966).

La guerre bactériologique est imaginée dans "Barbe-Grise" (1964). "La Tour des damnées" (1968) a pour décor un tour de Babel futuriste en Inde, où s'agglutine une population en croissance exponentielle.

On crédite généralement Aldiss d'avoir indirectement influencé la naissance du Land Art : l'artiste Robert Smithson aurait été marqué par son roman "Earthwork" (littéralement : "Terrassement", 1965) dans la création de son oeuvre pionnière "The Monuments of Passaic" (1967).

Aldiss signera aussi dans les années 1980 son roman-univers, façon "Dune" de Frank Herbert ou "Hypérion" de Dan Simmons : la trilogie "Helliconia". Aux lendemains de la première guerre du Golfe, il dépeint dans "A l'est de la vie" (1994) les périgrinations d'un fonctionnaire britannique qui répertorie à travers le monde les monuments saccagés par les guerres - un livre à relire aujourd'hui à l'aune des saccages du patrimoine mondial de l'humanité en Irak, Syrie et Afghanistan. Il est aussi question dans ce livre de vol et de trafic de mémoire par des gangs internationaux.

Aldiss a aussi écrit un trilogie à caractère autobiographique, "La Saga de Horatio Stubbs", où il évoque notamment sa jeunesse et son expérience de la guerre. Et on lui doit une anthologie de la science-fiction, toujours considérée comme une référence dans les pays anglo-saxon, "Trillion Year Spree : a history of science-fiction" (1973).