Cinéma Pierre Schoeller revient de façon très politique aux origines de la république, de 1789 à 1793.

Tous les 14 juillet, sur les places de village, les Français dansent pour célébrer la chute de la Bastille. Sur tous les frontons des écoles et des mairies, il est inscrit : "Liberté, égalité, fraternité". Pourtant, depuis quelques années, la Révolution française n’a plus toujours bonne presse. Tel parlementaire de droite (Jean-François Copé) s’insurge contre une "ambiance malsaine la nuit du 4 août" (nuit qui a pourtant vu tomber les privilèges !) ou tel blockbuster du jeu vidéo (Assassin’s Creed) donne une vision très orientée des Révolutionnaires. Quand Sofia Coppola ne transforme pas la reine Marie-Antoinette en pauvre petite fille riche…


C’est dans ce contexte que le Français Pierre Schoeller a imaginé Un peuple et son roi, premier film à décrire les mécanismes de la Révolution depuis son bicentenaire en 1989 et le film de commande de six heures La Révolution française, de Robert Enrico et Richard T. Heffron. Et le point de vue du réalisateur français est très clair : il s’agit de montrer comment cette période historique a été vécue par le peuple de Paris. Car si l’on croise ici des figures historiques comme Louis XVI (Laurent Lafitte), le jeune Robespierre (Louis Garrel), Danton, Marat (Denis Lavant) ou la moins connue Reine Audu (Céline Sallette), Un peuple et son roi fait également la part belle aux petites gens de Paris. Et ce à travers une série de personnages créés pour l’occasion : un verrier (Olivier Gourmet) et sa femme (Noémie Lvovsky), de jeunes lavandières (Adèle Haenel et Izïa Higelin) ou encore un petit voleur (Gaspard Ulliel). Malgré cet impressionnant casting, le film de Schoeller est profondément démocratique, puisqu’aucun acteur ne prend le dessus sur les autres…

Après Versailles en 2008 (qui traitait de la pauvreté aujourd’hui, aux portes du célèbre château) et L’exercice de l’Etat en 2011, Schoeller passe ici au film en costumes. Mais il conserve le même goût pour la dissection des mécanismes du pouvoir. Ce qu’il filme dans cette reconstitution historique soignée, c’est en effet la politique en action. Et pour ce faire, le cinéaste accorde autant d’importance aux discussions enflammées des sans-culottes dans l’atelier du verrier, qu’aux discours de Robespierre, de Saint-Just ou de Marat devant l’Assemblée constituante.

Mais ce qui frappe dans Un peuple et son roi, c’est sa tonalité singulière, à la fois lyrique et terre à terre, s’offrant même quelques échappées vers la comédie musicale avec les chansons populaires des lavandières, qui commentent les mésaventures du roi. S’attachant au quotidien, Schoeller montre la naissance d’une nation en train de se construire une conscience politique, qui l’amènera à proclamer la république et à trancher la tête de son roi en place publique. L’avant-dernière séquence, celle du vote des députés à l’assemblée pour décider du sort de Louis XVI, est à ce titre un moment d’anthologie. De quoi faire oublier un côté didactique par moments, voire livre d’Histoire illustré, qui plombe le film dans sa première partie.

Scénario & réalisation : Pierre Schoeller. Photographie : Julien Hirsch. Musique : Philippe Schoeller. Montage : Laurence Briaud. Avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Laurent Lafitte, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky… 2 h01

On lira un entretien avec Pierre Schoeller et Louis Garrel dans les pages Culture de "La Libre" de ce mercredi.