Cinéma Jennifer Lawrence et Matthias Schoenaerts réunis dans un thriller d’espionnage poussiéreux.

Hollywood n’a décidément jamais vraiment encaissé la chute du mur de Berlin ! Avec le communisme, a disparu son meilleur vivier d’ennemis à la hauteur des héros américains. Adapté du premier roman homonyme de l’ex-agent de la CIA Jason Matthews publié en 2014, "Red Sparrow" joue à fond la carte de la nostalgie de la guerre froide en mettant en scène un jeu du chat et de la souris entre une espionne russe (Jennifer Lawrence, teinte en blonde pour faire plus crédible) et un agent de la CIA exfiltré de Moscou après une opération qui a mal tourné (Joel Edgerton). Ou jeu du chat et de la souris ou plutôt un ballet puisque la jolie Dominika Egorova est une ancienne étoile du Bolchoï qui, après une blessure qui l’empêche de danser, est poussée par son oncle Ivan Dimitrevich Egorov (Matthias Schoenaerts, si si…) à intégrer un centre de formation top secret. Où Charlotte Rampling apprend à de belles jeunes filles et de beaux jeunes hommes à mettre leur corps au service du pays et du "Président" (Poutine ?)…

Le film n’a même pas démarré depuis une demi-heure, qu’on a déjà décroché. Et il reste encore deux heures d’un thriller d’espionnage poussiéreux, quasiment sans enjeu sinon de savoir si Jennifer Lawrence est un agent simple, double, triple ou quadruple. Si elle trahira ou non la Russie au profit des gentils Américains. Mais on se fiche totalement du résultat de cette partie de billard à trois bandes dont on ne doute pas un instant que l’héroïne a toujours un ou deux coups d’avance.

On se demande ce qui a pu attirer Jennifer Lawrence dans un tel film. A peine sortie du douloureux "Mother !" de Darren Aronofsky, la jeune actrice continue ici son chemin de croix. Violée, manipulée, torturée… Rien ne lui est épargné. Sans doute a-t-elle accepté le premier rôle dans cette superproduction d’un autre âge par fidélité à Francis Lawrence qui a fait d’elle une superstar grâce à sa quadrilogie d’"Hunger Games". Lequel n’est franchement pas à l’aise dans l’exercice du thriller, peinant à insuffler du souffle à cette interminable partie de poker menteur.

Surtout, si l’on veut bien encore passer sur l’aspect propagandiste pro-américain du film, un minimum de crédibilité s’impose… Comment ose-t-on encore en 2018 faire jouer tous ces Russes par une galerie d’acteurs internationaux qui, aussi brillants soient-ils, ne font guère d’efforts pour paraître slaves. Certains prennent l’accent, d’autres non, d’autres par moments. Et il faudrait peut-être rappeler au scénariste que ça fait au moins 20 ans que les espions n’utilisent plus des disquettes… Un exemple parmi d’autres d’un film hors sol, qui multiplie les incohérences au moins autant que les clichés sur les Russes…


© IPM
Réalisation : Francis Lawrence. Scénario : Justin Haythe (d’après le roman de Jason Matthews). Photographie : Jo Willems. Musique : James Newton Howard. Avec Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts, Jeremy Irons, Charlotte Rampling, Ciarán Hinds… 2h19.