Retour au pays de la mémoire

Hubert Heyrendt Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Prenant le même point de départ que «Le Tango des Rashevski» de Sam Garbarski - le retour à la judéité au moment d'un deuil -, «Rosenstrasse» adopte cependant un traitement beaucoup moins léger.

La réalisatrice allemande Margarethe von Trotta (actrice pour Fassbinder et Schlöndorff dans les années 60 et Lion d'or à Venise en 1981 pour son premier film «Die Bleiere Zeit») choisit en effet de nous faire partager le travail de mémoire effectué par une jeune journaliste juive de New York, Hannah Weinstein. A la mort de son père, sa mère Ruth exige de manière assez surprenante un deuil juif orthodoxe et va même jusqu'à refuser le mariage d'Hannah avec Luis, goy.

Agacée mais aussi intriguée par ce revirement, la jeune femme va chercher à comprendre le parcours de sa mère. Pour ce faire, elle se rend à Berlin, à la recherche de Lena Fischer, la femme qui a sauvé Ruth des camps de concentration pendant la guerre. Et l'on suit dès lors en parallèle l'histoire d'Hannah en 2001 et celle de Lena en 1943 et par là leur relation respective avec Ruth. Ou autant de liens mère-fille explorés avec beaucoup de finesse.

UN ÉCLAIRAGE NOUVEAU

Cette recherche psychologique se déroule dans un fonds historique traumatisant. Au fur et à mesure des conversations entre Lena et Hannah, on découvre un aspect peu connu de la Shoah: le flottement qui régna au début de la mise en oeuvre de la solution finale à propos des couples mixtes. Les époux d'un «Aryen» furent en effet protégés - un temps - de la déportation. Mais en 1943, leur sort est scellé: ils gagneront les camps de concentration. Le film nous fait dès lors partager les manifestations de femmes allemandes devant l'ancien Secours juif transformé en prison de la Rosenstrasse à Berlin.

Comme elles, Lena Fischer réclame pacifiquement la libération de son mari Fabian, au nom des lois de Weimar. C'est à cette occasion qu'elle tombe sur Ruth, alors âgée de six ans. Elle la recueillera clandestinement sans réfléchir aux risques qu'elle prend en agissant de la sorte.

MANQUE D'UNIVERSALITÉ

Reste l'interrogation centrale: pourquoi Ruth rejette-t-elle aujourd'hui le mariage de sa fille et ne garde-t-elle aucun contact avec celle qui lui a sauvé la vie? La réalisatrice allemande nous conduit avec sobriété et finesse vers une réponse à ce comportement étrange.

Mais si l'histoire est poignante, cette enquête dans le passé est parfois menée de manière un peu trop évidente (ainsi, les conversations enregistrées par la jeune journaliste). Ce parti pris a tendance à trop personnifier l'histoire, l'empêchant de tendre à l'universalité.

Les actrices qui incarnent cette galerie de femmes sont cependant remarquables - à commencer par la jeune Maria Schrader («Flirt» de Hal Hartley en 1995) et Katja Riemann («Bandits» de Katja von Garnier en 1997). Elles apportent toute leur humanité à des personnages émouvants, sans tomber dans le travers d'un sentimentalisme tire-larmes, si ce n'est dans une résolution un peu convenue.

© La Libre Belgique 2004

Hubert Heyrendt

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