Cinéma Quand une réalisatrice renverse les codes de la série B. Avec B comme bas de plafond.

Rien de tel qu’un petit séjour entre mâles pour une virile partie de chasse dans le désert. L’organisateur s’est toutefois prévu un petit plaisir perso, deux jours en compagnie d’une bimbo. Mais ses deux potes déboulent plus tôt que prévu et veulent goûter au beau morceau. De force, s’il le faut.

Comme la nana devient encombrante, ils s’en débarrassent. Il y a justement une falaise pas loin, un accident est vite arrivé. La pauvre est empalée 50 mètres plus bas, sur un arbre mort, attention au symbole.

Mais qui donc a inventé cette expression "le sexe faible" ? En dépit de sa situation fatale, elle parvient à s’en sortir à la grande surprise des trois salauds venus achever le travail. A moto, en quad et en 4x4, ils se lancent alors dans une chasse à la femme.

Est-ce la chance de la débutante ? Anticipant sur l’affaire Weinstein, "Revenge" est en prise sur l’actualité #MeToo. Voilà un film d’horreur et de vengeance qui renverse les clichés. Violée, laissée pour morte, la victime décide de se faire justice elle-même, de se transformer en bourreau aux pieds nus.

Le genre permet toutes les outrances, se complaît dans la représentation spectaculaire de la violence, fait l’apologie du sadisme tout en se dédouanant avec un parti formel néo-baroque et un humour gore. Bref, Coralie Fargeat relègue Tarantino au niveau d’un cinéaste pour enfants de la maternelle.

Certes, on voit parfaitement où elle veut en venir. Si l’héroïne arrive au duel final en soutien et petite culotte, son ennemi l’affronte, la quéquette à l’air. Il n’y a pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui se retrouvent à poil. Elle rejoint ainsi Julia Ducournau, la réalisatrice de "Grave" dans cette ligne du film d’horreur ultra-violent qui rompt radicalement avec un cinéma féminin cher à Anne Fontaine, par exemple, qui explore des territoires où les hommes ne s’aventurent pas.

Coralie Fargeat retourne les stéréotypes et balance les porcs. S’agit-il de revendiquer le droit pour les femmes de faire aussi des films primaires et abjects ? La conquête féministe passe-t-elle par le droit de tourner des ouvrages bas de plafond, comme les hommes?

Sans doute, le droit à l’égalité passe-t-il par là, dans tous les domaines. Et Theresa May, Pascale Peraïta et Marie-Christine Marghem sont autant de combattantes engagées dans cette bataille. Mais le cinéma, lui, n’a rien à gagner avec ce film tape-à-l’œil, racoleur, balisé comme une autoroute, et dont la surenchère désamorce la tension dramatique en l’absence du minimum de réalisme.

Car s’il y a bien une question qu’on se pose, c’est : "combien de litres de sang contient le corps humain ?". Au moins 50 semble-t-il.


© IPM
Réalisation, scénario, montage : Coralie Fargeat. Avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède… 1h48.