Cinéma

"Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine très lointaine…” Dès le carton d’ouverture, en lettres bleues sur fond noir, on est plongé dans l’ambiance. Sur les écrans du monde entier ce mercredi, “Rogue One” est bel et bien une “Star Wars Story”, comme le précise le sous-titre. Intelligemment, ce premier spin-off (film dérivé) prend cependant immédiatement ses distances pour ne pas braquer les fans. Pas question d’empiéter trop sur la saga intergalactique avec laquelle George Lucas a révolutionné le divertissement hollywoodien en 1977. Ainsi, ce ne sont pas les célébrissimes notes de John Williams qui résonnent dans l’espace intersidéral mais une variation signée Michael Giacchino. Tandis que n’apparaît pas le logo “Star Wars”, ni le traditionnel texte d’introduction défilant vers l’infini.

C’est sur cette distance que tient “Rogue One”, confié à un spécialiste des effets spéciaux passés derrière la caméra, Gareth Edwards (qui avait fait ses preuves dans le blockbuster grâce à “Godzilla”). Tandis que le scénario est signé par Chris Weitz et Tony Girloy, un duo différent de celui derrière de “The Force Awakens”, sorti l’année dernière.

Une vraie liberté

Avec l’épisode 7 de la saga officielle, J.J. Abrams n’avait pas osé s’éloigner de son écrasant modèle (ou n’avait pas eu assez les coudées franches). Incapable d’imposer sa petite musique, comme il avait si bien su le faire en donnant un coup de fouet à “Star Trek”, il signait presque un remake du tout premier “Star Wars” de George Lucas, en reprenant exactement la même structure, les mêmes personnages, les mêmes ressorts. Spin-off oblige, Gareth Edwards a, lui, pu prendre beaucoup plus de latitude. A tel point que cette histoire annexe, située entre les épisodes 3 et 4, peut même se regarder pour elle-même. Même si l’intrigue prend évidemment tout son sel si l’on connaît ce qui précède et ce qui suit…

“Rogue One” met en scène Jyn Erso (l’Anglaise Felecity Jones), la fille de Galen Erso, l’ingénieur de la fameuse Etoile noire (le Danois Mads Mikkelsen), qui doit permettre à l’Empire et à Dark Vador de venir à bout de la Rébellion. Aidée par le jeune officier rebelle Cassian Andor (le Mexicain Diego Luna), la jeune femme est chargée d’entrer en contact avec le terroriste Saw Gerrera (Forest Whitaker), leur seul “espoir” de retrouver la trace de Galen, qui vient de lui transmettre un message de la plus haute importance qui peut changer l’avenir de la Galaxie.

Sans être en terrain inconnu – loin de là –, on savoure dans “Rogue One” une histoire vraiment neuve et qui n’appelle aucune suite (puisque celle-ci existe déjà). De quoi offrir les coudées franches aux scénaristes, qui changent sensiblement de tonalité. Exit la psychologie à outrance (façon “Luke, je suis ton père”/“Han Solo, je suis ton fils”) et l’humour, quasi absent. On est ici dans un pur film d’action. Gareth Edwards évacue en effet au maximum la mythologie et la pompe, pour livrer un film beaucoup plus sec, beaucoup plus dur, réaliste pourrait-on dire s’il ne se passait dans les décors du space opera… Ainsi, sa bataille finale, il la filme comme un film de guerre, à hauteur d’hommes, qui se battent sur des plages qui rappellent forcément celles du Débarquement…

La résurrection de Peter Cushing

Ce spin-off distille bien sûr suffisamment de clins d’œil pour ne pas non plus décevoir les fans. On retrouve ainsi un droïde parlant, K-2SO, en lieu et place de R2-D2, un quasi-Jedi qui fait écho à Yoda, mais aussi une multitude de stormtroopers, les vaisseaux, chasseurs et autres costumes originels, des paysages familiers… Et comme dans l’univers Marvel, il s’agit de convoquer quelques personnages mythiques. Ainsi, croise-t-on évidemment Dark Vador mais aussi, plus surprenant, l’amiral Tarkin, le futur commandant de l’Etoile noire. Et ce grâce à une prouesse technique époustouflante. Près de quarante ans après “Star Wars : A New Hope”, on retrouve en effet à l’écran Peter Cushing… mort en 1994  !

La technique, coûteuse, avait déjà été employée par-ci, par-là – on a ainsi vu des publicités avec Marylin Monroe ou Humphrey Bogart –, on la retrouve pour la première (et pas la dernière) fois dans une superproduction. Le procédé n’est pas neuf : il consiste à créer une copie 3D d’un acteur, qui sera ensuite animée numériquement grâce à la motion capture. Exactement comme le Gollum du “Seigneur des Anneaux” et le chimpanzé Caesar de “La planète des singes  : les origines” (tous deux d’ailleurs campés par Andy Serkis). La différence, c’est qu’il s’agit ici de faire jouer un acteur réel et mort qui plus est…

La technique, décrite par Ari Folman dans “Le congrès” en 2013, ouvre des perspectives vertigineuses pour Hollywood. Martin Scorsese pourrait d’ailleurs l’utiliser dans son prochain “Irishman”, dont le tournage débute début 2017. Il réunira Al Pacino et Robert De Niro, que l’on devrait retrouver jeunes à l’écran…