Ruby Sparks, nouvelle Miss Sunshine

Alain Lorfèvre Publié le - Mis à jour le

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Cinéma

Ruby Sparks - Elle s'appelle Ruby***

Calvin Weir-Fields (Paul Dano), romancier à succès révélé à l’âge de 19 ans avec son premier roman, est confronté au vertige de la page blanche, incapable de livrer un nouveau chef-d’œuvre. En guise d’exutoire, son psychiatre (Eliott Gould) l’encourage à écrire sur la femme de ses rêves. Le lendemain, après s’être exécuté, Calvin croise dans un parc la parfaite incarnation de la muse de ses rêves. Dans les jours suivants, le jeune écrivain trouve des traces de présence féminine chez lui. Jusqu’à ce qu’un matin, Ruby apparaisse le plus naturellement dans la cuisine, comme si elle avait toujours vécu à ses côtés. De "Little Miss Sunshine" à ce "Ruby Sparks", les titres des films de Jonathan Dayton et Valerie Faris reflètent toujours l’éclat de leur cinéma lumineux (spark = étincelle). Le couple de réalisateurs signe une nouvelle comédie, romantique cette fois, sur scénario de Zoe Kazan, etite-fille d’Elia et également lumineuse interprète de la pétillante Ruby.

Le récit assume son précepte fantastique avec une simplicité confondante pour disserter avec légèreté sur la création (combien d’écrivains n’ont-ils pas dit que leurs personnages ont une vie propre ?) et l’amour : Calvin peut-il laisser à sa créature son libre arbitre ? N’est-il pas tentant d’en reprendre le contrôle à la moindre incartade ? Comment écrire le scénario de la relation parfaite ?

Zoe Kazan ne fait, certes, pas dans l’originalité avec cette rencontre entre un créateur et son personnage, mais en déclinant le récit sous l’angle de la relation sentimentale, elle offre un sucroît d’identification avec les protagonistes. Chacun ne pourra s’empêcher de s’y projeter : et si le pouvoir nous était donné de changer à la carte notre moitié, y résisterions-nous ? Ruby parle français, Ruby est un cordon bleu, Ruby fait le chien, Ruby se tape la tête contre les murs,

Le charme de "Ruby Sparks" réside essentiellement dans la galerie de portraits qu’offre le réalisateur et dans l’alchimie entre les deux interprètes, idéalement complémentaires (et pour cause : Zoe Kazan et Paul Dano forment un vrai couple à la ville). La pétulance naturelle de la première, dont on se souvient notamment pour son second rôle dans "Les Noces Rebelles", illumine le charme un peu gauche du second, dont la carrière est en plein boom : après son rôle d’ado autiste dans "Little Miss Sunshine" ou de prédicateur illuminé dans "There Will be Blood", Dano est aussi à l’affiche (depuis une semaine) de "Beying Flynn", face à Robert De Niro. Autour d’eux, s’applique une belle brochette d’acteurs : Antonio Banderas et Annette Bening forment un couple new age savoureux, Steve Coogan, un délicieux critique cynique, et Chris Messina, un frère qui n’en croit ni ses yeux ni ses oreilles Autant de protagonistes qui, à leur manière, ont toujours essayé d’orienter la vie de Calvin - une explication à son fantasme de créer le couple parfait ?

Au final, ce petit conte moral, à la fois doux, joyeux et savoureux, vient réchauffer cette rentrée cinématographique, comme les derniers feux de l’été.

Réalisation : Jonathan Dayton et Valerie Faris. Scénario : Zoe Kazan. Avec Paul Dano, Zoe Kazan, Annette Bening, Antonio Banderas, 1h43.

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