Cinéma Merci pour ce beau cadeau Père Chabat !

Noël approche à grands pas et cela s’active ferme dans l’atelier du Père Noël. Et si Santa (Alain Chabat) est plutôt du genre à se la couler douce, il n’hésite pas à surmener ses lutins, exigeant par exemple en dernière minute qu’ils rajoutent une boîte de crayons de couleurs à tous les enfants. Le contremaître prévient son patron : il ne peut pas les presser de la sorte à coups de "Jouets plus pour travailler plus !" Avant de tomber raide. Et avec lui tout le banc des 92 000 lutins (tous campés par Bruno Sanches et Louise Chabat). L’usine à jouets à l’arrêt, Noël semble compromis.

Avec l’aide de la sexy Mère Noël (Audrey Tautou), Santa trouve le remède dans un vieux grimoire : il leur faut de la vitamine C. Le voilà donc obligé de descendre sur Terre un peu plus tôt que prévu, alors qu’il n’a pas fait réviser le traîneau, qu’il a un renne à plat et que le mode furtif fait des siennes. Touché par la foudre dans une zone de turbulences, Santa doit atterrir d’urgence "près de ce gros jouet rouge" (le Moulin Rouge…). Avec sa grande barbe grisonnante et son long manteau d’hermine, le bonhomme ne passe pas inaperçu et se fait vite embarquer au commissariat de police. Où le brave Thomas (Pio Marmaï) s’improvise son avocat commis d’office, avant de l’inviter chez lui et sa jeune épouse (Golshifteh Farahani)… Pour la plus grande joie de leurs deux enfants. C’est pas tous les jours que le Père Noël dort à la maison !

"Santa & Cie", c’est la rencontre inattendue entre "Miracle sur la 34e rue" de George Seaton en 1947 et "La cité de la peur". Seul Alain Chabat est capable de réussir un tel film, de trouver l’équilibre parfait entre le conte de Noël, genre hollywoodien par excellence, et le nonsense à la française. Car si l’on rit énormément en suivant les mésaventures de ce Père Noël pas comme les autres - d’ailleurs il s’habille en vert et non en rouge -, on ne verse jamais dans la vulgarité façon "Bad Santa" avec Billy Bob Thornton. On reste dans un vrai conte pour enfants, gentiment perverti par l’humour singulier de Chabat.

Après un "RRRrrrr !!!" assez abscons en 2004 et un "Sur la piste du Marsupilami" foutraque et guère inspiré il y a cinq ans, les idées fourmillent à nouveau dans la tête de l’ancien Nuls. De sa part, on se s’étonne pas de retrouver ici une avalanche de jeux de mots stupides mais hilarants : "Ne prends pas pour un flocon" - "Passe-moi Ralph, le renne" - "Chez nous tout va bien. On a juste un ours bipolaire"… On se régale, aussi, des caméos des potes (Jean-Pierre Bacri en Père Noël des Galeries Lafayette, Patrick Timsit, Kyan Khojandi…). Surtout, on retrouve chez Chabat cette inventivité visuelle proche de la BD qui faisait merveille dans "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre". Notamment dans le plaisir qu’il prend à décrire le fourmillement de l’usine du Père Noël, dans une série de scènes assez géniales, dans lesquelles il décrit la fabrication des jouets. Car, tout en restant fidèle à son personnage tendre et décalé qu’il promène de film en film, Chabat ne renie rien de la magie de Noël. Avec lui en tout cas, on a envie de croire au Père Noël…


© IPM
Scénario & réalisation : Alain Chabat. Photographie : Antoine Sanier. Musique : Matthieu Gonet. Avec Alain Chabat, Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou, Bruno Sanches, Louise Chabat… 1 h 35.