Cinéma Un premier film belge charnel, construit sur sa bande-son autant que sur l’image.

Preneur de son, Thomas (Baptiste Sornin) ne sort jamais du loft confortable qu’il partage avec son boss (Bernie Bonvoisin) sans son micro. Il enregistre tout, le chant des oiseaux, les bruits de la rue, celui des voitures sur l’autoroute… Sur une aire de repos, il croise Amina, une jeune Marocaine aussi belle et sauvage (Eminé Meyrem). Après avoir planté un coup de marteau sur la tête de son patron, qui refuse de la payer, elle force la main à Thomas pour qu’il l’aide à sortir de ce mauvais pas. Elle finit par crécher chez lui quelques jours. Irrémédiablement attirés l’un par l’autre, les deux jeunes gens finissent dans le même lit. Et puis, sur un coup de colère, Amina claque la porte et s’en va, laissant Thomas totalement désemparé. Alors, il se lance à sa recherche. Micro à la main, il va tenter de retrouver les proches d’Amina, pour terminer son portrait sonore qu’ils avaient commencé ensemble. Et tenter de percer le mystère de cette jeune femme à fleur de peau…

Premier film de Jean-Philippe Martin, "Sonar" est presque un exercice de style sur le son au cinéma. En effet, son argument scénaristique est assez classique, pour ne pas dire banal : un homme tombe amoureux d’une jeune fille perdue, s’attachant à cette détresse de façon déraisonnable. Par contre, le traitement du jeune cinéaste est assez brillant. Chaque personnage, chaque scène, chaque décor sont pensés en fonction de la bande-son. Afin de créer un très riche paysage sonore, qui nous faire vivre le récit de façon très sensuelle, purement charnelle.

"Sonar" réussit presque l’impossible : filmer le son pur, au-delà de l’image. Jean-Philippe Martin rend ainsi un bel hommage à la beauté évocatrice de ces créations radiophoniques qui goûtent une seconde jeunesse à l’heure du podcast. Pour autant, "Sonar" ne se regarde pas les yeux fermés. Le film reste toujours du côté du cinéma, nous promenant langoureusement des bruits de la ville à celui de la nature, de l’agitation de Casablanca au calme du bled dans l’Atlas.

Non exempt de longueurs, péchant parfois par des dialogues simplistes, mais porté par deux acteurs convaincants, voilà un premier film prometteur, par sa construction complexe et surtout sa capacité à raconter cette simple histoire d’amour malheureuse en parlant directement à la peau du spectateur. Qui vibre face à la délicatesse d’une voix de femme qui chante, aux basses assourdissantes d’une boîte de nuit ou aux sonorités cristallines d’un chant d’oiseau…


© IPM
Scénario&réalisation : Jean-Philippe Martin. Photographie : Colin Lévêque. Montage : Matyas Veress. Avec Baptiste Sornin, Eminé Meyrem, Bernie Bonvoisin, Bruno Clairefond… 1 h 46.