Cinéma

Pour empêcher la destruction de la Résistance, il faudrait un miracle. Ou que Luke Skywalker reprenne du service.

12 ans. Le ciel s’étoile, les lettres se couchent, John Williams lâche ses cuivres et on a douze ans. C’est la magie Star Wars.

On n’est pas prêt d’oublier le final de l’épisode 7 “Le Réveil de la Force” lorsque la jeune héroïne, Rey, découvre enfin le dernier Jedi, Luke Skywalker (bien caché sur Skellig Island au large de l’Irlande). Dosant subtilement nostalgie, humour, action et complicité, J.J. Abrams relançait magistralement la franchise tout en restaurant ses fondations. Gardant un œil sur la trajectoire au poste de producteur délégué, il a cédé les manettes à Rian Johnson qui n’a plus qu’à garder le cap tout en développant les nouveaux personnages : Rey (Daisy Ridley, la nouvelle Luke), Kylo Ren (Adam Driver, le dark fils) ou Poe Dermon (Oscar Isaac en new Han Solo).

Au démarrage, le ton est résolument à l’humour, l’humour iconoclaste même, lorsque Rey remet rituellement le manche d’un sabre laser à Luke Skywalker qui le balance derrière lui comme un verre vide après avoir fait cul-blanc.

Mais, on n’est pas trop là pour rigoler car la nostalgie n’est plus ce qu’elle était avec Abrams. Et puis l’heure est grave, la Résistance est sur le point d’être éliminée de cette lointaine galaxie. “Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir” aurait chanté Johnny. Ou alors un tout petit petit petit espoir, celui que Rey parvienne à convaincre Luke de reprendre du service.

Si l’épisode 7 avait un scénario de remake du film originel, Rian Johnson (réalisateur de la série “Breaking bad” et scénariste) a tricoté un épisode 8 avec deux intrigues en parallèle, et plusieurs sous-intrigues, dont une carrément télépathique.

En effet, c’est sur ce plan que se déroule la parade amoureuse entre Rey et Ben Solo lequel est passé avec laser, bagage et nouvelle identité – Kylo Ren – du côté obscur de la Force en exécutant son père Han Solo. Rey dispose-t-elle ses arguments pour le faire basculer du bon côté, pour le sortir de l’ombre ? Voilà un suspense. Et il y en a beaucoup d’autres, dont un frise le ridicule quand deux rebelles sont envoyés dans la forteresse volante ennemie pour fermer un interrupteur.

Il n’empêche que la multiplication de ces intrigues soutient la tension pendant 2h30, tout en prenant l’air du temps. Ainsi, on ne peut être que frappé par la montée en puissance des personnages féminins. Elles sont aux avant-postes de l’action pure comme aux commandes de la Rebellion. Plutôt que “les derniers Jedi”, le film aurait dû s’appeler “La première Jedi”. “Star Wars” intègre aussi une autre évolution, Chewbacca passe végétarien.

En mixant les mythologies et la littérature chevaleresque et en transplantant cet héritage dans les galaxies; Lucas avait l’ambition de produire du grand spectacle, populaire et signifiant. On trouvait des préoccupations écologiques dans les premiers épisodes et le moteur de la saga est l’affrontement de la République et de la Dictature.

Ainsi, cet épisode s’en prend au cynisme des marchands d’armes qui fournissent les deux camps. On l’aura remarqué, Trump ne quitte son pays que pour vendre des armes à l’Arabie saoudite ou à la Chine et souffle sur toutes les braises pour entretenir des guerres dans le monde, histoire d’assurer des débouchés pour ses employeurs.

Le film aborde aussi d’autres thèmes comme la puissance d’une légende à laquelle Luke Skywalker ne peut se soustraire, ce qui offre à Mark Hamill un éternel retour. On retiendra aussi cet enseignement de Yoda à Luke en train de former Rey : “Nous sommes ce qu’ils deviennent”. A méditer. Mais si.


© IPM
Réalisation, scénario : Rian Johnson. Production: Kathleen Kennedy Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Mark Hamill, Adam Driver, Carrie Fischer, Laura Dern, Benicio del Toro… 2h32