Cinéma

A partir du best-seller de Kurt Eichenwald publié en 2000, "The Informant : A True Story" — livre qui racontait l’histoire vraie d’une taupe infiltrée par le FBI pour enquêter sur la grande société d’agroalimentaire américaine Archer Daniels Midland —, Soderbergh a préparé une comédie féroce sur le monde des affaires, synthèse jubilatoire entre divertissement et film à thèse. "Je ne vois pas le film de cet angle", conteste toutefois le réalisateur de passage au festival de Deauville. "Je ne me dis pas, je vais faire un film pour moi ou un film pour le public, un film sérieux ou un film léger. Il s’agit pour chaque film de trouver la forme qui convient au sujet. "The Informant" est l’histoire d’un type qui n’arrête pas de mentir à tel point que sa vie devient un labyrinthe. Il me semblait que la comédie était tout indiquée". Ce qui surprendra tout de même plus d’un spectateur, c’est que pour raconter cette histoire basée sur des faits réels datant des années 90, Soderbergh adopte le style des années 70. "C’est vrai, je dois avouer que le cinéma que j’aime, se situe entre 1966 et 1976. Et tous les prétextes sont bons pour y retourner".

Steven Soderbergh aime aussi s’amuser avec les acteurs. Si Benicio Del Toro affichait une ressemblance troublante avec le Che; Matt ne ressemble plus du tout à Damon avec ses 15 kilos supplémentaires et des prothèses dentaires pour arrondir encore son visage. "Nous avons porté ce projet ensemble pendant huit ans, avant même l’écriture du script. Matt incarne le brave type, il dégage quelque chose de sincère, il a l’air incapable de mentir. C’était capital pour ce film car le spectateur doit croire Mark Whitacre tout au long. Avec son charme, cette candeur qu’il dégage, Matt réussit à chaque fois, en dépit des circonstances. Comme acteur, il avait conscience que c’était un rôle comme on en rencontre trois ou quatre fois dans sa carrière. C’est le genre de personnage qui offre l’occasion de se dépasser, de disparaître dans un individu, d’en rendre toute la complexité y compris ses aspects les moins glorieux.

Outre l’interprétation mémorable et oscarisable de Matt Damon, le film se distingue par une utilisation singulière de la voix off qui apporte une dimension comique que le sujet n’avait pas forcément et le rend ainsi bien plus digeste. "C’est Scott Burns, le scénariste qui a eu l’idée de ces monologues intérieurs. Ils permettent de fournir des informations de façon savoureuse, en imaginant ce qui pouvait bien passer par la tête de Withacre dans certaines situations" reconnaît Soderbergh.

Mais un coup d’œil sur sa filmographie permet de constater que le réalisateur ne s’attarde guère sur le rétroviseur, que son regard va plutôt de l’un à l’autre de ses nombreux projets au feu. L’un d’eux le verrait travailler avec Matt Damon pour la sixième fois. Nouveau défi, il incarnerait l’amant du pianiste haut en couleur, Liberace lequel serait interprété par Michael Douglas. Autre projet en chantier, "Knockout", un film d’action en forme de synthèse entre "Kill Bill" et "Million Dollar Baby". Et puis aussi un musical autour de Cléopâtre et Jules César qui devrait réunir Catherine Zeta-Jones et Ray Winstone.

Ceci dit, on attend toujours la sortie en Belgique de "Girlfriend Expérience" tourné par Soderbergh entre les 2 "Che" et "The Informant"