"Stronger": L’Amérique se relève toujours

H. H. Publié le - Mis à jour le

Cinéma David Gordon Green revient sur le contrecoup de l’attentat de Boston.

Le 15 avril 2013, deux bombes explosent à l’arrivée du 117e marathon de Boston, qui accueillait 27 000 participants et des milliers de spectateurs dans les rues de la métropole de Nouvelle Angleterre. En quelques secondes, la fête a tourné au cauchemar. L’Amérique n’avait plus subi une telle attaque terroriste depuis le 11 septembre. Trois personnes sont mortes, 264 sont blessées, dont certaines très grièvement. C’est le cas de Jeff Bauman, qui attendait sa petite amie Erin, avec laquelle il avait rompu un mois plus tôt, sur la ligne d’arrivée. A l’hôpital, les médecins doivent l’amputer des deux jambes…

Voilà une histoire édifiante comme en raffole Hollywood, le récit d’un homme qui, par sa seule volonté, va surmonter son drame. Si ce n’était une histoire vraie, on voit déjà d’ici les scénaristes imaginer ce personnage courant quelques années plus tard le marathon de Boston sur ses prothèses… Jeff Bauman est en effet une métaphore de l’Amérique elle-même, qui se relève toujours de ses épreuves, triomphe de ses ennemis. Cette dimension très patriotique est évidemment présente - et parfois très lourdement - dans "Stronger", dont le titre est emprunté au slogan qui a fleuri un peu partout dans les rues de la capitale du Massachusetts au lendemain de l’attentat : "Boston Strong".

C’est là que David Gordon Green enfonce intelligemment un coin, histoire de pas verser totalement dans le pathos. Car Jeff Bauman ne se sent pas fort, ne voit pas pourquoi on fait de lui un héros. Pour avoir simplement été là ? Pour avoir perdu ses jambes ? Lui essaye juste de survivre à sa douleur, de se hisser sur la cuvette des W-C sans tomber, de rire avec ses copains en buvant quelques bières de trop, d’arriver à l’heure à ses séances de rééducation… Jeff n’est pas un héros, c’est un homme qui souffre, un égoïste aussi, aveuglé par son malheur et incapable de voir le sacrifice qu’ont fait pour lui sa mère et sa petite amie…

C’est dans cette description, parfois très crue, du quotidien de son héros que Gordon Green se montre le meilleur. Découvert en 2000 avec "George Washington", confirmé en 2013 avec "Prince Avalanche" et "Joe" (avec Nicolas Cage), le prolifique cinéaste texan n’a pas son pareil pour dépeindre l’Amérique déclassée, fan de barbecue dans le jardin et de base-ball, dressée comme un seul homme derrière son drapeau et son armée. Cela ne suffit malheureusement pas à masquer le goût du dolorisme et un patriotisme par trop dégoulinant…

Dans le rôle du cul-de-jatte, on retrouve Jake Gyllenhaal. Egalement producteur du film, l’acteur est évidemment dans une forme de performance très à l’américaine. Mais, comme Gordon Green, il cherche la justesse, la vérité d’un personnage déchiré, plein de failles et donc profondément humain. Autour de lui, se disputent deux grandes comédiennes : l’excellente Miranda Richardson dans le rôle de la mère et Tatiana Maslany dans celui de la petite amie. Révélée par la série "Orphan Black" (où elle incarnait cinq rôles différents), l’actrice canadienne livre une belle prestation, tout en finesse.

© D.R.

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