Cinéma Dans son nouveau film, la star évoque le racisme qui gangrène l’Amérique.

Suburbicon" s’ouvre sur une publicité chromo 100 % vintage : "Venez vivre à Suburbicon, petite ville de banlieue rêvée de l’Amérique de 1959." Que des jolies maisons alignées, remplies de familles parfaites. Mais tout s’enraye lorsque débarquent de nouveaux voisins : les Meyers, une famille… noire. De quoi en faire perdre le sourire au facteur ! A partir de là, le vernis de ce petit paradis de la société de consommation va commencer à s’effriter. Car cette petite communauté idéale n’est pas prête à accepter l’intégration.

Juste en face des Meyers, le petit Nicky Lodge, lui, a juste envie de jouer au baseball. Que son compagnon de jeu soit noir, il s’en fiche. Est-ce la raison pour laquelle sa famille est attaquée ? En tout cas, sa mère (Julianne Moore) ne survit pas. Son père (Matt Damon) et sa tante (également interprétée par Julianne Moore) semblent se remettre assez vite de cette tragédie. A tel point que le garçon commence à se poser des questions…

Pour son sixième film en tant que réalisateur, présenté en Compétition à la dernière Mostra de Venise, George Clooney revient plus inspiré que dans son décevant "Monuments Men". On retrouve ici Matt Damon, le même goût pour la légèreté mais l’histoire tient un peu mieux la route. La star a en effet retravaillé un vieux script des frères Coen, dont il est l’un des acteurs fétiches depuis "O’Brother" en 2000. Et il livre une satire assez jubilatoire du rêve américain. Clooney revient aux origines de celui-ci, à l’image d’Epinal des années 50, pour mieux le détricoter et en montrer l’hypocrisie intrinsèque, ce rêve étant réservé aux seuls blancs et reposant sur une seule valeur : l’argent.

Plutôt à l’aise dans l’humour noir - il a été à bonne école -, Clooney signe une fantaisie rythmée portée par de grands acteurs. Mais il manque sans doute cette Coen touch, qui aurait permis de transcender l’histoire pour accoucher d’une œuvre un poil plus grinçant.

Si les deux trames - le racisme contre une famille noire et l’intrigue familiale autour d’une arnaque à l’assurance - ont parfois un peu du mal à se répondre, "Suburbicon" propose néanmoins un portrait féroce de cette Amérique idéalisée, à laquelle continue de se raccrocher une bonne partie des électeurs de Donald Trump. Les scènes d’émeute tournée par Clooney, où l’on sort un drapeau confédéré, font ainsi écho, de façon glaçante aux événements de Charlottesville en août dernier…

Si Clooney choisit l’humour potache - virant carrément vers la farce dans les 45 dernières minutes du film, les plus faibles -, il signe un divertissement à l’ancienne amusant. Un jeu de massacre qui porte un nouveau coin dans la plaie de l’American dream


© IPM
Réalisation : George Clooney. Scénario : Joel Coen, Ethan Coen, George Cloony&Grant Heslov. Photographie : Robert Elswit. Musique : Alexandre Desplat. Avec Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac, Steve Monroe… 1 h 45.