Cinéma Luca Guadagnino actualise le classique de Dario Argento, avec Dakota Johnson.

Cinéaste ambitieux mais inégal, l’Italien Luca Guadagnino s’attaque à l’impossible, en touchant à un film culte du cinéma d’horreur, le Suspiria de son compatriote Dario Argento en 1977. Quitte à diviser, tant les fans du giallo (genre italien, entre polar, fantastique et érotisme très populaire dans les années 1960 à 80) que la critique. Il n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai puisqu’avec A Bigger Slash en 2015, le réalisateur signait déjà un remake, celui de La Piscine de Jacques Deray. Il retrouve d’ailleurs ici ses deux actrices, Dakota Johnson (enfin sortie de la série des 50 nuances de gris ) et Tilda Swinton.

La première incarne Suzy Bannion, jeune danseuse américaine qui, dans le Berlin divisé de l’après-Guerre, rejoint la grande compagnie de danse Markos, dirigée par Madame Blanc (Tilda Swinton). Mais à mesure qu’elle se frotte aux chorégraphies de l’ancienne danseuse star, la jeune fille pénètre un monde sous-terrain étrange et inquiétant…


La trame suivie par Guadagnino est proche de celle d’Argento, mais le réalisateur de Call Me by Your Name change de tonalité. S’il reste fidèle au cinéma gothique italien, il bénéficie de moyens plus considérables, qui lui permettent de se passer du second degré, pour travailler quelque chose de plus profond, en réactualisant la question du mal absolu. D’où les liens constants, non seulement avec l’actualité politique qui déchire Berlin-Ouest dans les années 70 - alors que la Fraction armée rouge fait régner la terreur dans la capitale de la RFA -, mais aussi avec la situation de l’autre côté du Mur et avec le passé nazi de l’Allemagne…

Si le propos est intéressant, tout comme le regard très féminin qu’offre le film (mené entièrement par des personnages de femmes fortes), Suspiria tombe parfois dans une forme de confusion, dans sa volonté d’amalgamer toute l’Histoire allemande du XXe siècle. Tandis que, comme souvent chez Guadagnino, les longueurs guettent…

Mais, assumant clairement son hommage au giallo et à sa part d’exubérance visuelle (qui explose dans une séquence finale ouvertement kitsch), Luca Guadagnino impressionne par la rigueur de sa mise en scène. Notamment dans la captation des chorégraphies, très impressionnantes, que l’on doit au chorégraphe belgo-français Damien Jalet. Tandis que le cinéaste italien peut compter, pour créer un climat fantastique angoissant, sur les compositions crépusculaires de Thom Yorke, le leader de Radiohead. Le résultat est un film qui met volontairement le spectateur dans une situation d’inconfort. En ce sens, c’est une réussite…

Réalisation : Luca Guadagnino. Scénario : David Kajganich. Photographie : Sayombhu Mukdeeprom. Musique : Thom Yorke. Montage : Walter Fasano. Avec Dakota Johnson, Chloë Grace Moretz, Mia Goth, Tilda Swinton, Sylvie Testud… 2 h 32.

© IPM