"Syriana" remporte le prix de l'UCC

F.Ds Publié le - Mis à jour le

Cinéma

C'est une tradition vieille d'un demi-siècle, le premier samedi de l'année, les critiques de cinéma du pays se rassemblent pour attribuer le grand prix de l'UCC (Union de la critique de cinéma) au film qui a le mieux contribué au "rayonnement de l'art cinématographique" au cours de l'année écoulée. Celui-ci est désigné en trois temps. Primo, chaque critique établit sa liste des 10 films de l'année afin d'obtenir un classement représentatif. C'est "Babel" qui est arrivé largement en tête. Deuzio, parmi les vingt premiers, cinq sont choisis, fin décembre, à l'issue d'une réunion de présélection. Tertio, un dîner se déroulant selon un immuable rituel désigne le vainqueur. En effet, chaque film est défendu par un avocat. A l'issue des plaidoiries, des tours de vote expédient le moins bien classé à la trappe. Entre les scrutins, les participants sont invités à échanger leurs arguments pour récupérer les voix du film éjecté.

USA contre Asie

Depuis l'an 2000, la sélection débouchait sur une confrontation entre cinémas américain et asiatique, ce dernier l'emportant à chaque fois, ou presque avec "In the Mood for love", "Ivre de femmes et de peinture", "Old Boy" ou "Bin Jip", l'an dernier. Le cru 2006 annonçait le ressac oriental avec un seul film retenu : "La saveur de la pastèque", du Taïwanais Tsai Ming-Liang.

C'est que 2006 fut plutôt l'année des Mexicains. "Le Labyrinthe de Pan" de Guillermo del Toro portait leurs couleurs. Incontournables, les Américains étaient doublement présents avec "The Squid and the Whale" de Noah Baumbach et "Syriana" de Stephen Gaghan. Enfin, il y avait un film français en sélection, l'inattendue "Tourneuse de pages".

D'autant plus inattendue qu'à l'issue du premier tour, le film de Denis Dercourt arrivait en tête, devant "Le Labyrinthe" et "Syriana". Lequel de "Squid" ou de "La Pastèque" tomberait le premier ? Ce fut "La Pastèque" malgré la vigoureuse défense de son avocat André Joassin (Télémoustique) considérant ce film comme "un coup de liberté au cul". L'assemblée s'enflamma alors autour des trois films restants, dont "Labyrinthe" emmené par Chris Craps ("Belang van Limburg") qui s'évertua à mettre en valeur les qualités de ce film fantastique (dans tous les sens du terme) en parodiant... James Bond. Cela n'a pas manqué de désorienter certains membres indécis dans ce "Labyrinthe", ce dont profitèrent "Syriana" et "La tourneuse", étonnante finaliste.

Tourneuse contre Syriana

Du côté de son défenseur, Christian Collin ("Grand Angle"), on soulignait la savoureuse perversité et la rigueur anglo-saxonne de ce film français, plus proche de Losey, de Hitchcock, voire de Mankiewicz que de Chabrol auquel on le compare généralement. On se prenait même à rêver car depuis "Hiroshima, mon amour", aucun film français n'a remporté le prix de l'UCC- UFK. C'est que l'association est nationale et les débats tweetalig zijn. Dans l'autre camp, Steven De Foer ("Standaard") avait beau jeu de mettre en avant le retour du cinéma politique américain dont George Clooney est la figure de proue. A côté du Hollywood de "Pirates des Caraïbes" existe un cinéma américain qui éclaire son histoire récente, qui questionne son temps. 2006 a marqué le retour en force de cette tendance et l'UCC a tenu à la récompenser en couronnant "Syriana" au terme de débats qui ont gagné en humour ce qu'ils ont perdu de leur âpreté d'antan.

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