Cinéma

"Lust for Life !" En 1996, la planète cinéma est frappée par un ovni tonitruant venu d’Ecosse ! Pour une génération de cinéphiles en herbe, "Trainspotting" est une révélation : oui le cinéma peut être aussi barré qu’un concert punk. Porté par une bande-son totalement dingue (d’Iggy Pop à Lou Reed, en passant par Brian Eno ou New Order), le film est une vraie claque. Un portrait aussi vif que désespéré de la jeunesse désœuvrée d’Edimbourg, qui passe ses soirées à descendre des pintes de bière dans des pubs miteux et à s’enfoncer des aiguilles d’héroïne dans les veines dans des squats glauques. Tandis que ses journées sont consacrées à chercher l’argent du prochain fix.

Immense succès, "Trainspotting" révèle un jeune cinéaste au talent explosif, Danny Boyle, et un acteur prometteur : Ewan McGregor. Vingt ans plus tard, quand on revoit le film, le choc est identique : "Trainspotting" n’a pas perdu une ride. Tant par ce qu’il nous dit d’une génération déboussolée que par son incroyable mise en scène, le film reste parfait. En donner une suite semblait donc a priori une mauvaise idée. Boyle réussit pourtant l’impossible, en signant un film fort, qui approfondit les thèmes originaux tout en les actualisant.

Comme dans "Trainspotting", le scénario est mince. L’histoire permet juste de réunir les personnages deux décennies plus tard. Mark revient à Edimbourg après la mort de sa mère. Maqué avec une prostituée bulgare, Sick Boy rêve de lui ouvrir un "sauna" pour qu’elle devienne Madame Veronika. Spud est toujours accro à l’héro. Tandis que, évadé de prison, Franco compte bien se venger du mauvais coup que Mark leur a fait à Londres en partant avec les 16000 £ qu’ils étaient censés se partager…

Le décor planté (ça met un peu de temps…), Danny Boyle peut laisser éclater à l’écran la maestria de sa mise en scène. Les clins d’œil au premier "Trainspotting" sont constants mais subtils et n’empêchent pas le réalisateur de rester tout le temps inventif. Ainsi, quand il cite ses propres plans - comme la caméra posée sur un tram roulant dans les rues d’Edimbourg -, c’est pour montrer combien le temps a passé, combien la ville a changé, combien la gentrification a fait son œuvre. Idem pour la bande-son, qui convoque les titres-phares de la BO originelle, mais jamais de façon gratuite.

Si "T2" retrouve l’énergie du film d’il y a 20 ans, la tonalité est ceci dit tout autre. La rage face à une société capitaliste qui transforme tout individu en consommateur égoïste - c’est encore plus vrai aujourd’hui à l’heure des réseaux sociaux - est toujours présente mais le film se teinte d’une vraie nostalgie. Presque émouvante quand les fantômes des personnages du passé traversent les rues et les paysages de l’Ecosse actuelle.

Danny Boyle a passé le cap de la cinquantaine, a posé un Oscar sur sa cheminée… Il aimerait toujours être le jeune homme en colère de 1996, mais il sait qu’il ne l’est plus. C’est cette introspection très personnelle qu’il fait passer à travers ses retrouvailles avec Rent Boy et sa bande. Tous ont vieilli (et les acteurs avec eux) et ont perdu le peu d’illusions qu’il leur restait. Voilà le choc que provoque "T2". Un choc d’une autre nature que celui de "Trainspotting" mais tout aussi fort…


Réalisation : Danny Boyle. Scénario : John Hoidge (d’après le roman "Porno" d’Irvine Welsh). Photographie : Anthony Dod Mantle. Montage : Jon Harris. Avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Robert Carlyle, Jonny Lee Miller, Anjela Nedyalkova… 1h57.