Cinéma

L’impossible retour à la vie civile des soldats américains engagés en Irak.

Adam (Miles Teller), Solo (Beulah Koale) et Billy n’ont pas 30 ans et les voilà déjà vétérans. De retour au pays après une mission de près d’un an en Irak en 2007, ils retrouvent leur femme ou leur fiancée, les enfants qu’ils n’ont pas vu grandir. Face à leurs proches, les trois militaires essayent de faire bonne figure. Mais au fond d’eux, ils sont traumatisés par ce qu’ils ont vécu en Irak, par ce qu’ils ont vu, par ce qu’ils ont fait. Quand leur pote se suicide en pleine banque face à sa fiancée qui l’a laissé tomber, Adam et Solo se décident à demander de l’aide à l’Office des vétérans. Commence alors un autre parcours du combattant. On leur prédit six à neuf mois d’attente avant de pouvoir bénéficier d’un soutien psychologique…

En 2007, douze vétérans se suicidaient tous les jours aux Etats-Unis, tandis que des dizaines de milliers de militaires étaient à la recherche d’une aide psychologique. Ce problème, l’US Army a été incapable d’y faire face, préférant cacher sous le tapis les conséquences des aventures guerrières de George Bush en Irak et en Afghanistan.

Dans un pays en guerre quasi permanente depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le retour au pays des vétérans est devenu un thème récurrent du cinéma américain, de “Rambo” de Ted Kotcheff à “Né un 4 juillet” d’Oliver Stone, en passant, plus récemment, par “Démineurs” de Kathryn Bigelow. Les guerres d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie ont remplacé celles de Corée ou du Vietnam mais les questions se posent toujours dans les mêmes termes : comment réintégrer dans la société des jeunes gens exposés à l’horreur  ? Des gamins que l’on a fait combattre au nom de la grandeur de la démocratie américaine, laquelle se révèle incapable de se montrer reconnaissante envers ses enfants sacrifiés.

La déflagration psychologique de la guerre en Irak sur de jeunes recrues, Jason Hall l’avait déjà abordée, en tant que scénariste de Clint Eastwood sur “American Sniper”. Mais le vieux cinéaste n’osait pas traiter réellement son sujet, se contentant de mettre en scène les actes “héroïques” sur le champ de bataille du tireur d’élite Chris Kyle, éludant totalement la partie la plus intéressante. Comment, une fois rentré au pays, le héros a été abattu par l’un de ses camarades, un ancien marine de 25 ans ? Est-ce parce qu’il fut frustré de n’avoir pas pu aborder cette question dans “American Sniper” ? En passant pour la première fois à la réalisation, Jason Hall centre en tout cas “Thank You for Your Service” (ici encore inspiré d’une histoire vraie) sur ce qui se passe après la guerre et offre une vision cauchemardesque de l’Amérique contemporaine.

Construit de façon classique, mis en scène de façon sobre, le film se repose en grande partie sur le talent de ses jeunes comédiens. Après “Whiplash”, “War Dogs” ou “Bleed for This”, Miles Teller prouve décidément qui l’est l’un des jeunes acteurs américains les plus intéressants du moment, jamais à la recherche des rôles les plus simples. Face à lui, Haley Bennett (vue dans “Les 7 mercenaires”) se révèle très touchante dans le rôle de l’épouse impuissante à aider son mari à surmonter son stress post-traumatique.


© IPM
Scénario & réalisation : Jason Hall (d’après le livre du journaliste David Finkel). Photographie : Roman Vasyanov. Musique  : Thomas Newman. Avec Miles Teller, Haley Bennett, Beulah Koale… 1h50.