"The Amazing Catfish": Les adieux d'une mère
La Mexicaine Claudia Sainte-Luce signe un premier film sensible sur la famille à reconstruire.
- Publié le 28-05-2014 à 10h57

La Mexicaine Claudia Sainte-Luce signe un premier film sensible sur la famille à reconstruire.Vivant dans un garage, Claudia, 22 ans, gagne sa vie comme démonstratrice de saucisses et autres crèmes épilatoires dans un supermarché. Opérée d'une crise d'appendicite, elle se retrouve dans la même chambre d'hôpital que Martha. Entre cette mère de trois filles et d'un petit garçon entourée de vie et de joie et cette jeune fille taciturne, horriblement seule, le contraste est saisissant. Presque malgré elle, Claudia va petit à petit s'introduire dans l'extravagante famille de Martha. Et rapidement, elle devient incapable de s'en détacher. D'autant qu'elle est la bienvenue pour s'occuper des petits et pour veiller sur Martha. Malade du sida, celle-ci va en effet de plus en plus mal. Malgré cela, elle accueille cet oiseau tombé du nid comme sa propre fille et ses enfants en font leur sœur…
Dans son premier long métrage, Claudia Sainte-Luce met en scène une histoire très personnelle. A 22ans, la jeune cinéaste mexicaine a fait la connaissance à Guadalajara de Martha, malade du sida, chez qui elle a vécu une année jusqu'à sa mort. Si le film est largement autobiographique - l'un des enfants est d'ailleurs interprété par la vraie fille de Martha, Wendy Guillén… -, "Les drôles de poissons-chats" n'est jamais nombriliste ou voyeuriste. Parvenant à trouver le ton juste, celui d'une comédie dramatique légèrement excentrique, Claudia Sainte-Luce réussit à transcender son expérience personnelle par le cinéma.
En s'attachant au quotidien et à ses petits détails, douloureux ou amusants, poétiques ou triviaux, la jeune femme signe une chronique sensible. Par petites touches impressionnistes, avançant dans son récit à pas feutrés, elle décrit la recomposition d'une famille, qui ne tient pas uniquement aux liens du sang mais aussi aux relations qui se développent entre ses membres. Pour brosser ce joli portrait, pas besoin de grands dialogues, juste d'observation, de description. La cinéaste se contente de montrer les choses, sans verser dans la psychologie ou le pathos. A mesure qu'approche la conclusion, que l'on sait tragique, l'émotion monte bien entendu. Mais elle n'en est que plus forte car toujours contenue, jamais appuyée. Jusque dans une dernière séquence bouleversante de justesse et de vérité.
Cette subtilité, "Les drôles de poissons-chats" la doit en grande partie à une sensibilité très féminine - les hommes sont d'ailleurs absents du récit. Une sensibilité que l'on doit à la mise en scène tout en délicatesse de Sainte-Luce mais aussi à ses collaboratrices. L'image de la directrice photo française Agnès Godard (qui travaille souvent avec des femmes, d'Agnès Varda à Claire Denis en passant par Catherine Corsini) et la musique minimaliste de la chanteuse mexicaine Madame Récamier participent, elles aussi, à la création d'une atmosphère sensible, sensuelle, charnelle. Soit un cocon idéal pour raconter cette histoire toute simple, celle d'une belle mais éphémère rencontre.
Scénario et réalisation : Claudia Sainte-Luce. Photographie : Agnès Godard. Musique : Madame Récamier. Montage : Santiago Ricci. Avec : Ximena Ayala, Lisa Owen, Sonia Franco, Wendy Guillén, Andrea Baeza… 1h29.
