Cinéma L’histoire vraie de l’acteur Kumail Nanjiani et de sa femme, gravement malade.

Immigré pakistanais, Kumail Nanjani gagne sa vie comme chauffeur Uber, incapable de se résigner à se lancer dans les études de droit qu’il a promises à ses parents. Son rêve, ce serait plutôt de percer dans le stand-up. Tous les soirs, il monte sur la scène d’un petit Comedy Club de Chicago pour tenter de faire rire l’auditoire en racontant sa vie, partagée entre tradition pakistanaise et modernité américaine. A l’issue d’une représentation, il tombe sur la jeune Emily. Ils passent la nuit ensemble et, contre toutes leurs bonnes résolutions, finissent par se revoir…

Mais après cinq mois, Kumail n’ose toujours pas avouer cette relation à sa famille. Et pour cause, sa mère continue d’inviter aux repas familiaux du dimanche de jeunes Pakistanaises, en vue d’un mariage arrangé. Quand elle découvre ce petit manège, Emily quitte Kumail. Mais quand la jeune fille tombe gravement malade, plongée dans un coma artificiel, c’est Kumail qui sera à son chevet pour relayer ses parents (Holy Hunter et Ray Romano)…

Connu pour ses apparitions dans les séries "Community" et "Silicon Valley", Kumail Nanjiani est également coprésentateur de "The Meltdown with Jonah and Kumail", émission de stand-up de la chaîne Comedy Central. "The Big Sick" est directement inspiré de sa propre histoire et de celle de son épouse Emily Gordon (incarnée à l’écran par la pétillante Zoe Kazan), avec qui il a cosigné le scénario. Tandis qu’à la production, on retrouve… Jude Apatow.

Sur le papier, voilà qui laisse présager le pire : une grosse comédie lourdingue sur le choc des cultures, doublée d’un drame larmoyant sur l’amour plus fort que la mort. Il n’en est rien. Remarqué au festival de Sundance en janvier dernier, "The Big Sick" est en effet un petit bijou du cinéma indépendant américain.

Car s’il n’évite pas les clichés - notamment sur la famille pakistanaise, qui rêve de faire de Kumail un bon musulman qui épousera une gentille Pakistanaise -, ceux-ci sont désamorcés par des dialogues plein d’esprit. Avec quelques bons mots très incorrects qui viennent pimenter un film thématiquement assez audacieux. Comme lorsque le père de sa copine dans le coma demande à Kumail ce qu’il pense du 11 septembre : "Une tragédie évidemment. On a perdu 19 des meilleurs d’entre nous !" Très stand-up, ce second degré offre le contrepoint nécessaire à la tragédie vécue par le personnage central. Car si les situations sont dramatiques, on rit tout le temps ! L’émotion n’en est, dès lors, que plus forte et plus sincère.

Confiée à Michael Showalter ("Hello, My Name Is Doris" en 2015), la mise en scène est à l’avenant, se plaçant toujours au service des personnages et des acteurs, tous très justes. A commencer par Kumail Nanjiani et la touchante Zoe Kazan (vue dans "Meek’s Cutoff" et la série "Bored to Death"). Mais aussi Holly Hunter, en toute grande forme dans le numéro de la mère décalée mais prête à tout pour sauver sa fille.


© IPM
Réalisation : Michael Showalter. Scénario : Kumail Nanjiani Emily V. Gordon. Musique : Michael Andrews. Photographie : Brian Burgoyne. Montage : Robert Nassau. Avec Kumail Nanjiani, Zoe Kazan, Holly Hunter… 1 h 59.