The Bourne Parallèle

F.Ds Publié le - Mis à jour le

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Télescopage énergique du blockbuster hollywoodien et du film indépendant (américain et européen), la série "Jason Bourne" ("La mémoire dans la peau") est un jalon dans l’histoire du cinéma d’action. En effet, il a redonné un sens à ce genre dont la capacité d’innovation se limitait à augmenter la quantité d’explosifs, à doubler la dose de stéroïdes chez les acteurs, à virtualiser les cascades ou encore à changer la couleur du collant du superhéros.

Paul Greengrass ne s’est pas contenté d’élever les normes du cahier des charges avec un ressort dramatique plus tendu, des bagarres plus indécises, des cascades plus spectaculaires, des poursuites plus haletantes; le film mène le spectateur quelque part. Car si les héros du film d’action ont forcément une mission - généralement sauver le monde -, Jason Bourne, lui, a une quête. Ce n’est pas la mission qui change à chaque épisode, c’est lui qui évolue. Il n’est pas un superhéros, il n’a pas de pouvoirs magiques, il n’y a pas d’effets spéciaux.

Ce n’est pas la moindre réussite de la paire Matt Damon-Paul Greengrass que d’avoir injecté du tonus et du sens au film d’action, de l’avoir fait virer à gauche en lui donnant un cerveau, une morale. Cela change des Sly, Bruce et Arnold, ces sauveurs républicains de la planète.

Toutefois, son succès a transformé Jason Bourne en franchise. La trilogie était arrivée à son point final, mais le nom pouvait toujours rapporter gros, très gros. Comment faire repartir une histoire terminée, puisque Jason Bourne a retrouvé son identité ? Hollywood connaît des solutions. Il y a le "prequel", on imagine ce qui s’est passé avant. Il y le "reboot", on reprend la même histoire, mais on change l’équipe. Le scénariste de la série, Tony Gilroy, a trouvé une autre solution, très ingénieuse : le "side-quel". Son récit se déroule parallèlement à celui de Jason de Bourne, soit celui de l’agent n° 5 : Aaron Cross. C’est donc un Jason Bourne sans Jason Bourne - il fallait y penser -, car Aaron Cross n’est pas du tout un double, il connaît très bien son identité et s’est engagé de plein gré. Son problème : l’action de Bourne a révélé l’existence de son programme ultrasecret et, en haut lieu, on veut effacer toutes les traces, liquider tous les agents. C’est parti pour 2h15 de course-poursuite. Mais Aaron Cross n’est pas seul, il est accompagné d’une virologue à laquelle il a ouvert les yeux sur la finalité de ses recherches.

Tant qu’à faire, puisque Paul Greengrass a raccroché, Tony Gilroy a décidé de tourner son scénario lui-même. C’était l’occasion ou jamais pour le réalisateur de "Michael Clayton" et de "Duplicity" de prendre les commandes d’un blockbuster.

Mais autant le scénariste est brillant, autant le réalisateur est quelconque. Greengrass créait une tension extraordinaire, générée par la vitesse d’exécution des interprètes, la nervosité du filmage, la rapidité du montage, le réalisme des situations. Gilroy s’inscrit dans la continuité, dont le réalisme des cascades, mais elles ont un goût de déjà-vu. Et le niveau d’adrénaline chute sensiblement. Au rayon des remplaçants, Jeremy Renner s’en sort mieux. Certes, il n’a pas le magnétisme de Matt Damon, mais il est d’une incontestable efficacité tout en apportant à son personnage un soupçon d’humour. Reste donc, un honnête film d’action avec du sens, ce n’est déjà pas si mal.

The Bourne Legacy (**) Réalisation, scénario : Tony Gilroy. Cascades : Dan Bradley. Production : Frank Marshall. Avec Jeremy Renner, Rachel Weisz, Edward Norton 2h16.

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