Cinéma Mai 40, le Prime Minister doit choisir entre pactiser avec Hitler ou sacrifier 400 000 soldats.

Ces "heures sombres" sont celles que vit l’Europe en ce mois de mai 1940. Hitler a lancé ses troupes à l’assaut de la Hollande et de la Belgique, c’est l’échec total de la politique du Premier ministre anglais Neville Chamberlain, qui s’est fait balader par Hitler pendant des années.

L’opposition en appelle à un gouvernement d’union nationale. Détesté par ses pairs conservateurs, toléré par ses opposants travaillistes, méprisé par le Roi : Winston Churchill est le seul pressenti pour le diriger. Sa ligne est droite, elle promet du sang, des larmes et de la sueur en déclarant une guerre frontale avec l’Allemagne.

Aujourd’hui, nous continuons de bénéficier de son choix ferme. Pourtant, il n’était pas évident. Sans même se préoccuper des politiciens anglais favorables aux nazis, la classe politique est loin de faire bloc derrière Churchill. C’est que 400 000 soldats sont pris au piège à Dunkerque. Pour éviter un massacre mais aussi pour de petites manœuvres politiciennes, les leaders conservateurs veulent négocier avec Hitler. Churchill est seul face à une décision terrible : condamner à mort des centaines de milliers d’hommes, un sacrifice probablement inutile car rien ne semble pouvoir stopper l’armée allemande.

Joe Wright était-il l’homme pour mettre en scène ces "heures sombres" ? On connaît son cinéma so british qui sied particulièrement à mettre en valeur des intrigues amoureuses dans la société de Jane Austen, tout en sublimant la beauté de Keira Knightley. Son approche raffinée, limite maniérée fait merveille comme son sens du lyrisme et du romanesque.

Mais ses ralentis dans la foule londonienne de mai 40, son drone virevoltant au-dessus de Churchill prenant le frais sur le toit de Westminster, les coiffures de Mme Churchill qui ont dû contraindre Kristin Scott Thomas à passer des heures sous le casque; toutes les afféteries de sa mise en scène dynamitent la gravité du moment. Pire parfois, elles induisent le doute sur la réalité de certaines scènes tant on sent que le réalisateur est davantage à l’écoute de sa décoratrice que de ses conseillers historiques.

Heureusement pour lui, Joe Wright dispose d’un fameux joker, un Gary Oldman bluffant, disparaissant sous le maquillage pour offrir de saisissants moments de ressemblance et une interprétation puissante émaillée de pointes comiques. Cette performance, qui devrait lui valoir une nomination à l’oscar, charge ces "Heures sombres" d’une intensité dramatique et humaine qui permet au film de dépasser l’anecdote.


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Réalisation Joe Wright. Scénario : Anthony McCarten. Décors : Sarah Greenwood. Image : Bruno Delbonnel. Avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas. 2h06