Cinéma

On ne confondra pas John McLane (flic blanc, cinq films) avec Robert McLane (agent de la CIA noir, deux films). Mais dans la confrérie des justiciers, ces homonymes sont cousins. Reconverti chauffeur ubérisé et compatissant, le second trouve le temps entre deux courses de traquer en Turquie un père ayant enlevé sa fille ou de rétamer des fils à papa adeptes des tournantes…

Notons que kidnapping et viol sont facturés différemment : les auteurs du premier sont laissés pour morts, les seconds, battus comme plâtres, mais épargnés. McLane serait-il victime de biais identitaire ? Une descente impromptue chez des dealers se limite à deux têtes fracassées et quelques traces de freinage dans les slips… Au milieu de ces joyeusetés, le massacre d’une famille (à Bruxelles !) entraîne McLane dans une nouvelle vendetta.

Après une première collaboration, déjà musclée, dans "Training Day" (2001), Antoine Fuqua et Denzel Washington se retrouvent pour la quatrième fois dans cette suite bassement commerciale. Et ça fait peine à voir. Filmé avec un mélange indigeste de pathos et de complaisance, le scénario, laborieux, décline l’icône du justicier solitaire, donc ascète, lecteur appliqué à ses heures des "cent romans à lire" et bon Samaritain léguant à un jeune "bro" "Une colère noire" de Ta-Nehisi Coates (McLane n’a pas dû bien saisir le message de cet essai édifiant).

La question de savoir en quoi un barbouze retraité s’arroge le droit d’être juge et bourreau, et serait une boussole morale infaillible, est évacuée d’un revers de dialogue : "Nous étions du bon côté." On dirait la ligne de défense d’un certain garde du corps présidentiel.


© IPM
Réalisation : Antoine Fuqua. Scénario : Richard Wenk. Avec Denzel Washington, Pedro Pascal… 2h01