Cinéma Sally Potter en forme dans une comédie de mœurs grinçante.

Timothy Spall, Kristin Scott-Thomas, Cillian Murphy, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Emily Mortimer, Cherry Jones. L’affiche de "The Party" est assez incroyable. Ils campent ici un groupe d’amis londoniens bon teint, fêtant la nomination de l’une des leurs (Scott-Thomas) au poste de ministre de la Santé au sein du cabinet fantôme travailliste. Son mari Bill (Spall) a déjà bien picolé quand débarquent les invités : une vielle amie lesbienne (Jones) et sa jeune compagne enceinte de triplés (Mortimer), une adepte de l’action directe (Clarkson) venue avec son mari allemand, hippie sur le retour (Ganz). Sans oublier un jeune loup de la finance (Murphy) totalement cocaïné et… armé. Rapidement, les choses tournent vinaigre.

Il faut quand même un sacré culot pour intituler son film "The Party" après le classique indémodable de Blake Edwards en 1968, où un génial Peter Sellers faisait voler en éclats une fête chic, jusqu’à détruire une superbe villa hollywoodienne. La référence est revendiquée par Sally Potter. Car elle aussi se livre à une véritable œuvre de destruction, ici de la bienséance britannique. Dans un jeu de massacre dès plus réjouissants façon "Carnage" de Yasmina Reza (adapté ensuite au grand écran par Roman Polanski), où éclate au grand jour l’hypocrisie d’une génération de soixante-huitards qui n’ont pas toujours su mettre leur vie en accord avec leurs idéaux passés…

Cinéaste assez inégale - on l’avait quelque peu oublié depuis "Orlando" en 1992 -, Sally Potter s’est fait plaisir avec cette petite comédie acerbe tournée en noir et blanc. En 71 minutes seulement, "The Party" est un condensé d’humour noir et de cynisme qui dénonce cette gauche travailliste anglaise bien-pensante et faux-cul (celle à laquelle appartient la cinéaste) qui, au-delà de ses beaux discours, a en fait totalement délaissé les classes populaires pour se rallier au confort du libéralisme.

Brève et dense, la comédie n’offre aucun temps mort. Les répliques cinglantes fusent les unes après les autres et l’on rit beaucoup. Dommage cependant que les enjeux dramatiques restent finalement un peu lâches, tournant in fine surtout autour des questions de couple. Mais on ne boudera pas son plaisir cette à cette comédie intelligente portée par des acteurs qui prennent visiblement leur pied à dézinguer ainsi les bobos londoniens !


© IPM
Scénario&réalisation : Sally Potter. Photographie : Aleksei Rodionov. Montage : Emilie Orsini Anders Refn. Avec Kristin Scott-Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Emily Mortimer, Cillian Murphy… 1h11.