Cinéma Cette grosse production aux allures de série B des années 50 rate son objectif.

En 1914, à Siroun en Turquie, Michael, le fils de l’apothicaire rêvait de devenir médecin. Pour payer le minerval, il n’y avait qu’une solution : se fiancer à Maral et empocher la dote.

A Constantinople, Michael est accueilli chez son oncle, un riche marchand. Et patatras, il est séduit par la prof de danse des enfants, une Arménienne en quête de racines après des années passées à l’étranger, notamment à Paris. Mais la belle a déjà un amoureux, Chris, un journaliste américain en poste en Turquie, très occupé à observer les mamours entre le sultan et le kaiser. Il ne craint d’ailleurs pas de se rendre sur le terrain, cherchant à confirmer les rumeurs d’extermination de la communauté arménienne par le pouvoir turc. Ce qui laisse à Ana le temps de tomber amoureuse d’un compatriote.

A qui donnera-t-elle son cœur ? Au plus courageux ? Ça ne va pas l’aider, Michael comme Chris, sont des héros dans leur genre. Ana va donc de l’un à l’autre au gré des événements.

Ah oui, les événements. L’armée turque détruit villes et villages arméniens, massacre les habitants ou escorte les malheureux dans des marches de la mort. Le suspense, lui, reste entier : Michaël ou Chris ?

C’est désastreux de voir un sujet si grave traité avec tant de désinvolture, d’aborder le premier génocide du XXe siècle comme un roman-photo, de prendre des libertés avec la réalité historique pour réaliser des scènes d’action grotesques, de livrer une série B digne des années 50 où tout le monde parle anglais. Et de noyer tout cela dans une soupe sonore. Pourtant, du traitement des Kurdes à l’expulsion du journaliste Mathias Depardon en passant par le sultan Erdogan, les similitudes sont multiples entre la Turquie d’aujourd’hui et celle d’il y a un siècle.

Jamais crédibles, Oscar Isaac, Charlotte Le Bon et Christian Bale sont les premières victimes. Il ne faut pas attendre l’arrivée de Jean Reno en amiral de la marine française pour se rendre compte que le film est cuit. Les Arméniens ne méritaient pas cette humiliation.


© IPM
Réalisation : Terry George. Scénario : Robin Swicord. Avec Oscar Isaac, Christian Bale, Charlotte Le Bon… 2h14